Wartburg (1955-1991)

Wartburg 311 Cabriolet - Photo : Michael Goll

 

Publié par Philippe Baron le 19 décembre 2014.

 

Passée en zone contrôlée par l’Armée rouge et laissée à titre de dommages de guerre, l’ex-usine BMW d’Eisenach, continue dans la nouvelle République démocrate allemande d’utiliser le nom BMW pour assembler des modèles d’avant-guerre et pour les distribuer à l’Ouest. Cette situation irritante pour BMW ne peut durer et cesse en 1952. Rebaptisée EMW puis AWE, l’usine de RDA produit dès 1955 ses propres modèles, qu’elle distribue sous la marque Wartburg, nom du château médiéval qui domine la ville d’Eisenach.

 

1962 Wartburg 311 - Photo : CarsArchives

 

En 1886, la Fahrzeugfabrik Eisenacher AG, fondée à Eisenach, en Thuringe, produit des bicyclettes. Cependant, Heinrich Ehrhardt, propriétaire également d’une usine d’armement, décide en 1898 de se lancer dans cette nouvelle entreprise que représente l’automobile en rachetant la licence de la voiturette française Decauville, rebaptisée Wartburg, du nom du château qui domine la ville. La firme, n’ayant trouvé le succès escompté, est revendue à Willi Seck qui la renomme Dixi en 1904. L’entreprise produira notamment l’Austin Seven à partir de 1927, sous le nom de Dixi DA1. En 1928, BMW rachète le site, et en fait le siège de son département automobile. Les Dixi sont vendues jusqu’en 1933, et laissent ensuite la place aux BMW 321, 326, 327, 328 et 335, dont la production sera stoppée en 1940. La guerre terminée, l’usine reprend l’assemblage des BMW, et ce jusqu’au milieu des années 1950. Mais le land de Thuringe fait désormais partie de la République démocratique allemande, et BMW (désormais installé pour l'assemblage de voitures à Munich, en Bavière) voit d’un très mauvais œil ces voitures « de l’est » vendues à l’ouest sous son propre logo… C’est ainsi que la société devient EMW (Eisenacher Motoren Werke) le 5 juin 1952. Mais le logo de la nouvelle marque, rouge et blanc, ressemble encore étrangement à celui de BMW. Fin décembre 1955, la raison sociale de l’entreprise devient VEB AWE, pour Volkseigener Betrieb Automobilwerk Eisenach, faisant table rase sur le passé pour se concentrer sur de nouveaux modèles.

 

Photo : Mega4000 Misi
Wartburg 312 cabriolet - Photo : David van Mill

 

Dans ce nouveau contexte, la première voiture présentée par AWE est la 311, une imposante berline à quatre portes aux lignes tout en rondeurs et arborant de pimpantes peintures bicolores, baptisée Wartburg par la direction de la firme, en référence à la première voiture construite en 1898 dans l’usine historique. Le nom Wartburg deviendra une marque sur les marchés occidentaux, à l’image des Lada du groupe russe AvtoVAZ, dix ans plus tard. En janvier 1956, la voiture est exposée au Salon de Bruxelles, elle est commercialisée dans le pays par François Pierreux, qui vendait les voitures est-allemandes depuis 1947. 

 

Photo : Markus Koch
1956 Wartburg 311-1 - Photo : Ralf Kunkel Christian

 

Dès le mois de mars 1956, à l’occasion de la Foire de Leipzig, l’usine présente trois nouveautés : un break trois portes (311-9), un pick-up (311-7) et un intéressant cabriolet quatre places (311-2), qui sera fabriquée à Dresde. AWE récidive l’année suivante, et lève le voile sur le break Camping (311-5), à cinq portes, sur un coupé répondant au nom de « Reise-Coupé », assez vaste pour quatre personnes, et sur un sympathique roadster à hard-top (313-1), développant 50 ch et donné pour 140 km/h (contre 115 km/h pour les autres modèles). Il était uniquement disponible en rouge ou en blanc. Toujours en 1957, l’usine fabrique deux exemplaires d’une sorte de « coupé-landaulet », la 311 Bellevue. À partir de 1959, on note l’apparition d’un torpédo (type 311-4) réservé aux militaires et à la police, fabriqué à 891 exemplaires jusqu’en 1964. Quelques très rares fourgonnettes et ambulances seront également produites sur la base du break. En 1958, tous les modèles reçoivent la calandre grillagée du roadster. Pendant l’été 1960, le roadster et le cabriolet tirent leur révérence, après respectivement 469 et 2 670 exemplaires. La même année, les modèles restants reçoivent de nouveaux pare-chocs, et le pick-up voit sa partie arrière modifiée. En mars 1965, le coupé (fabriqué à 520 exemplaires) cède sa place à un cabriolet hard-top, qui sera construit à 260 exemplaires.

 

Wartburg Sport 313 - Photo : Arjan De Rooy
Wartburg 311 Camping
Wartburg 311 - Photo : Just.2206
Wartburg 311 - Photo : Ralf Kunkel Christian
Wartburg 311 - Photo : Ralf Kunkel Christian
Wartburg 311 Cabriolet 2 + 2 - Photo : Ralf Kunkel Christian

 

Equipée d’un trois cylindres deux-temps de 37 ch à sa sortie, la Warburg est une traction avant. En 1961, la puissance du moteur est portée à 40 ch. Elle atteindra 45 ch en 1962, grâce à un nouveau bloc de 991 cm3 autorisant 122 km/h en vitesse de pointe. En septembre 1966, la 311 est remplacée par la 312, qui se distingue principalement par son nouveau châssis et sa suspension à quatre roues indépendantes. Les dernières 312 sont fabriquées en mars 1967. La production fait état de 36 287 Wartburg 312 assemblées entre 1965 et 1967, contre 258 480 exemplaires de la 311, toutes carrosseries confondues. 

 

Wartburg 312 - Photos : Rafał Andrzejewski

 

Le 1er juillet 1966, la toute première Wartburg 353 sort des chaînes pour être présentée au début de l’automne. Ses lignes robustes et carrées, tracées par le styliste Hans Fleisch, déjà père de la 311, sont tout à fait en phase avec l’époque. La carrosserie présente pour la sécurité des zones déformables et un tableau de bord capitonné en mousse de polyuréthane La gamme est complétée l’année suivante par le break Tourist, qui deviendra vite la voiture favorite des grandes familles est-allemandes. À l’époque, elle est avec la FSO Syrena la dernière voiture à être mue par un moteur deux-temps. Les dix premières années de commercialisation de la voiture se passent sans grand changement, si ce n’est que la boîte de vitesses devient synchronisée à partir de 1967, et qu’une version S de 50 ch apparaît en 1972. La première évolution importante a lieu en mars 1975, avec la 353W : la sécurité est améliorée, et l’intérieur repensé. En 1982, le pick-up fait son retour chez Wartburg sous le nom de Trans. Comme pour la 311, des versions deux portes, roadster et coupé étaient prévues, mais elles seront condamnées par les autorités. Le dynamisme des années 1950 et 60 fait place à un certain immobilisme de la part des ingénieurs d’Eisenach, contraints par le régime en place de faire évoluer la voiture par petites touches jusqu’à la fin de sa carrière, en avril 1989, après 1 225 193 unités produites.

 

Wartburg 353
Wartburg 353 Tourist

 

En 1988, l'espoir renaît pour les dirigeants de l'entreprise. En effet, AWE a enfin trouvé un accord avec Volkswagen pour installer des moteurs quatre cylindres à quatre-temps sous le capot de ses voitures. C’est ainsi que naît la Wartburg 1.3. Esthétiquement proche de la 353, la « 1.3 » joue surtout la carte de la modernité avec son nouveau moteur, mais son prix a été considérablement augmenté (près de 60 %), et fait fuir jusqu’à la clientèle est-allemande. En 1990, l’ouverture du marché est fatale à Wartburg, qui est victime de l’engouement des Ossies pour les modèles de l’ouest, même d’occasion. La dernière et 152 775e « Wartburg 1.3 » sort des chaînes le 10 avril 1991, et signe l’arrêt de mort d’AWE-Wartburg, qui aura tout de même fabriqué 1 672 735 voitures en 36 ans d’existence. Le 25 mars 1990, Opel rachète le site d’Eisenach.

 

Wartburg Tourist 353W - Photos : Did Knot
Wartburg 1.3

 

À l’ouest, la Belgique était le marché privilégié des Wartburg. L’importateur François Pierreux a même assemblé quelques modèles dans ses ateliers d’Huizingen, (au sud de Bruxelles), équipés de matériaux plus soignés et baptisés « Président ». Entre 1955 et 1991, ce ne sont pas moins de 19 080 Wartburg qui ont trouvé preneur en Belgique ! Mais les 311 ont également connu un succès d’estime aux Pays-Bas, ainsi qu’au Royaume-Uni où 550 modèles ont été exportés au début des années 1960. On trouvera également des 311 en Amérique du Sud, aux États-Unis, en Afrique du Sud, et même en Chine. Quant à la 353, elle fut vendue à près de 20 000 exemplaires au Royaume-Uni et fut très populaire en Grèce. En France, seuls quatre exemplaires ont été officiellement immatriculés.

 

Photo : Maurizio Messa
Logo d'une 1965 Wartburg 311 - Photo : Martin Alford