Triumph Herald (1959-1971)

Photo : alpinemauve

 

Publié par Philippe Baron le 14 mars 2016.

 

Depuis son rachat par Standard en 1944, Triumph produisait des voitures sportives à succès tandis que Standard se réservait les berlines à grande diffusion. Mais à l’approche des années 1960, l’image de Standard étant fortement démodée, il fut décidé que la future berline sortirait sous la marque Triumph. Le directeur du groupe Standard-Triumph, Alick Dick, proposa lui-même le nom du modèle : Herald, comme celui de son bateau.

 

1960 Triumph Herald 1200 Coupe

 

L'étude de la future petite berline débuta à la fin de 1956. Les options techniques furent rapidement définies. Pour limiter les coûts de conception et de construction, et proposer la voiture à un prix compétitif, cette dernière devait être dotée d’une structure à châssis séparé et emprunter de nombreux éléments mécaniques à la petite Standard Ten. Faute de talent reconnu en interne pour le style de l'auto, la direction confia le projet au jeune designer italien Giovanni Michelotti, qui avait récemment redessiné la Standard Vanguard. Malgré ses compétences, et face au cahier des charges imposé, Michelotti fut incapable de rendre sa copie aux dirigeants de Standard. En août 1957, Harry Webster, le patron du bureau d'étude, suggéra à Michelotti, en désespoir de cause, de lui faire une proposition en partant d'une feuille blanche. Désormais, tout devenait plus simple. En quelques heures, l'italien élabora les grandes lignes du coupé Herald. Sa proposition fut acceptée par la direction de Standard.


Photo : Tom Simpkins
Photo : preselected

 

Le premier prototype de Michelotti est livré à Coventry la veille de Noël 1957. En totale rupture avec le style tout en rondeur des Standard et Triumph, il se distingue par sa vaste surface vitrée, ses angles vifs, et par ses flancs rectilignes soulignés d'une nervure s'incurvant au niveau des passages de roues. Quant à son capot moteur, il bascule d’un seul tenant, comme celui de la Jaguar Type. Fin 1958, des prototypes traversèrent l’Afrique, du Cap jusqu’à Tanger. Après ce test particulièrement réussi, les changements apportés sur les voitures de production seront mineurs et bien prêtes pour la présentation publique en grande pompe au Royal Albert Hall de Londres le 22 avril 1959.


Triumph Herald 1200 - Photos : James Sinclair

 

L'accueil des professionnels fut des plus favorables. La presse était impressionnée par les qualités esthétiques, le choix de couleurs vives, l'aspect pratique avec la mécanique totalement accessible, la carrosserie composée de dix panneaux dont l'assemblage était réalisé par des boulons, la banquette arrière rabattable, etc. La structure à châssis séparé de l'Herald permettra à Triumph de l'utiliser pour produire d'autres automobiles plus ludiques, également dessinées par Michelotti : la Triumph Vitesse, berline à moteur 6 cylindres, la Triumph Spitfire, roadster à moteur 4 cylindres et la Triumph GT6, coupé à moteur 6 cylindres. La Triumph Herald était aussi une voiture quasi démontable grâce à sa structure composée d’un cadre à caisson sur lequel était fixée la carrosserie. Lors de sa présentation au Royal Albert Hall, un ingénieur en fit la démonstration. Maniable, l’Herald était dotée d’une suspension à quatre roues indépendantes (avec un ressort transversal à l’arrière). Toutefois, la tenue de route de la voiture se révélera assez discutable en raison d’une mauvaise géométrie du train arrière. 

 


 

Au départ, l’Herald est motorisée par un quatre cylindres de 948 cm3 à soupapes en tête emprunté à la Standard Ten. Il est accolé à une boîte de vitesses à quatre rapports (première non synchronisée). Avec 35 ch DIN, il donne une vitesse de pointe de 115 km/h. Quelques mois après le lancement de la berline, un coupé 2 + 2 voit le jour, dont le moteur, doté de deux carburateurs SU, développe 45 ch à 6000 tr/mn. Mais rapidement, à l'usage, la Triumph présente des défauts de fiabilité et d'étanchéité, la puissance du moteur s'avère insuffisante, la tenue de route est hasardeuse, l'assemblage semble parfois bien approximatif, tout ceci pour un prix qui la situe pourtant au sommet de sa catégorie. Dans un premier temps, le niveau des ventes est décevant sur le marché britannique par rapport aux moyens mis en œuvre et aux objectifs. La version cabriolet 4 places, qui hérite des mêmes performances que le coupé, complète l'offre à partir de mars 1960.


 

Très endetté, le groupe Standard Triumph est racheté par Leyland Motors début 1961. Les nouveaux dirigeants, convaincus du potentiel de l'Herald, poussent le développement de ce modèle. En avril 1961, une mécanique de 1147 cm3 remplace avantageusement le petit 948 cm3 d'origine. L'Herald devient Herald 1200, et gagne au passage quelques raffinements supplémentaires et quelques chevaux (39 ch au lieu de 35 ch). La vitesse passe à 120 km/h. Les défauts de jeunesse de l'auto sont corrigés. Les ventes décollent enfin. A l'automne 1964, la puissance passe à 48 ch. La gamme poursuit son expansion avec la sortie d’un break deux portes baptisé Estate.


 

En 1962, l’Herald est épaulée d’une version baptisée Vitesse 6 et équipée d’un six cylindres en ligne de 1596 cm3, le plus petit de la production mondiale à l’époque. Grâce à ses 70 ch, la Vitesse est capable d’un bon 145 km/h. Elle est aisément reconnaissable à quelques traits spécifiques de sa carrosserie, la partie la plus visible étant la face avant. Outre une calandre au décor simplifié, celle-ci arbore quatre phares disposés obliquement. Disponible en berline et cabriolet et dotée d’une finition plus soignée, la voiture bénéficie d’un freinage plus efficace grâce à la présence de disques à l’avant. Attachante et performante, la Vitesse conserve les qualités d’habitabilité de l’Herald, ce qui lui vaudra un joli succès.


Triumph Vitesse Mark 1 - Photos : Harry Charnock

La Triumph Herald figure dans «  L’île Noire » de Tintin, le seul album de la série ayant connu trois versions différentes : 1938, 1943 et redessiné entièrement par Hergé en 1965 à la demande des éditeurs anglais qui jugeaient la représentation de la Grande-Bretagne non conforme à la réalité.

1968 Triumph Vitesse 2-Litre MkII

 

La Vitesse reçoit en 1966 le renfort du deux litres de la berline 2000, dont les 95 ch la propulsent à plus de 160 km/h. Deux ans plus tard, elle est équipée de l’essieu arrière de la GT6 Mk 2, nettement supérieur à celui de l’Herald. En même temps, la puissance du deux litres est augmentée (104 ch et 165 km/h). Un nouveau décor marque cette évolution (calandre modifiée et enjoliveurs d’apparence sportive). La Vitesse sera ainsi construite jusqu’en 1971, son retrait coïncidant avec celui de l’Herald 13/60. Au total, le modèle Vitesse aura été produit à plus de 41 000 exemplaires dans ses différentes versions.


Photo : Martin Alford

 

La gamme Herald est complètement repensée à partir de septembre 1967. Cela concerne aussi bien la berline que le cabriolet et le break (la production du coupé ayant été suspendue en octobre 1964). La nouvelle série 13/60 remplace l'ancienne 1200. Dans l'hexagone, elle porte le nom de Britt. Le moteur se caractérise par une cylindrée de 1 296 cm3 et une puissance de 61 ch. La face avant est nouvelle avec des phares intégrés à la calandre.


Triumph herald 13/60 - Photos : JeremyC2010

 

L'ultime break Herald tombait de chaîne en mai 1971. Il fut produit en Grande Bretagne à 55 286 exemplaires : 39 819 en version 1200 puis 15 467 en version 13/60. A titre de comparaison, il fut fabriqué  20 472 coupés, 63 329 cabriolets et 371 702 berlines entre 1959 et 1971, année au cours de laquelle l'Herald cédait définitivement sa place à la Triumph 1300, qui ne fut jamais proposée ni en break ni en cabriolet. 


1969 Triumph Herald 13/60

 

Pour suivre l’actualité des anciennes Triumph en France, je vous engage à visiter DiagnoSpit, l’excellent, dynamique et très complet site de l’Amicale Spitfire qui regorge d’informations et de conseils sur les modèles Triumph dont évidemment la Spitfire, et qui, de plus, grâce à son forum interactif permet aux amateurs de la marque d’échanger et de faire partager leur expérience.