Stutz Bearcat (1912-1934)

1914 Stutz Bearcat - Photo : Gooding & Company

 

Publié par Philippe Baron le 7 juin 2013.

 

Lors des premiers 500 Miles d’Indianapolis, en 1911, la Stutz construite pour cette course remplit si bien son contrat que la jeune firme décide de développer une automobile destinée aux sportifs purs et durs : ce sera la Bearcat, engin sans compromis composé d’un gros moteur, d’un châssis, de quatre roues et d’une carrosserie minimale.

 

1914 Stutz Bearcat

 

A l’époque où l’Amérique invente la publicité, le slogan trouvé par Stutz au lendemain des premiers 500 Miles d’Indianapolis est percutant : « La voiture qui devint bonne en un jour… » En réalité, les Stutz n’existent quasiment pas avant cette course. Vers 1905, Harry C. Stutz, qui a appris seul le métier d’ingénieur, est installé à Indianapolis, où il conçoit une 35/40 HP quatre cylindres sans lendemain. Stutz travaille ensuite pour la Marion Motor Car Co., mais garde pour objectif principal de devenir constructeur à part entière. En attendant, il crée et commercialise une robuste transmission.

 

1917 Stutz Bearcat - Photo : The San Diego Collection

 

Nous sommes en 1910, et un consortium local projette d’organiser sur la nouvelle piste d’Indianapolis une course de 500 miles qui se disputerait le jour du Memorial Day, le 30 mai 1911. Stutz profite de l’opportunité et construit une automobile destinée à disputer cette épreuve pour promouvoir une transmission et, surtout, de se lancer en tant que constructeur. Le pari est raisonné : si l’automobile se distingue, Stutz pourra rentabiliser l’investissement ; sinon, le préjudice subi sera minime. Les espoirs de Harry C. Stutz sont pleinement justifiés : sa Stutz-Ideal termine onzième, devant 44 autres concurrentes.

 

 

La voiture de course, équipée d’un moteur Wisconsin 6.4 litres à culasse en « T », est l’ancêtre directe des premières Stutz de route, qui apparaissent en 1912. Alors que les Stutz-Ideal écument les compétitions avec succès, la jeune société Stutz-Motor Car Co commercialise une 4-cylindres et une 6-cylindres plus ambitieuse. Dans la gamme naissante, Stutz propose bientôt un modèle léger baptisé « Bearcat », s’apparentant à un speedster. C’est une voiture de sport établie sur un châssis existant, simpliste, avec pour tout habillage un capot, un petit pare-brise circulaire en forme monocle fixé sur la colonne de direction, des ailes symboliques, deux petits sièges baquets et un réservoir en forme de mini-citerne accolé à ceux-ci. La chasse au poids superflu et une allure agressive font toute la philosophie du speedster.

 

 

Seuls deux constructeurs savent faire la bonne promotion de leurs speedsters en s’impliquant en course : Stutz et Mercer, dont le modèle Raceabout est le concurrent direct de la Bearcat. Celle-ci atteint sa pleine maturité avec le modèle 4E de 1914, équipé d’un 4-cylindres Wisconsin ; 1914 marque également pour la firme une période faste en compétition : les Stutz de course de l’Escadron Blanc (qui utilisent un moteur à arbre à cames pas vraiment de série !) se montrent souvent intraitables et, aux 500 Miles d’Indianapolis, Barney Oldfield se classe cinquième. La Stutz est, ce jour-là, la première voiture américaine derrière les Peugeot et les Delage, réputées intouchables.

 

 

Tout cela fait que l’usine a bien du mal à suivre la demande, et les acheteurs de Bearcat doivent patienter. Ils adressent au constructeur des compliments dithyrambiques : « Lorsque vous conduisez une Stutz, vous possédez la route », dit l’un deux …En Californie, un certain N.R. Cooper fait la une des journaux : sur la piste en cendrée locale, il a imposé sa Bearcat dans un match insolite disputé contre un avion volant alentour. Gil Anderson et Earl Cooper accumulent les victoires, Cooper remportant le championnat des Etats-Unis. En outre, le spécialiste du « côte-Ouest, côte-Est » Erwin Baker, alias « Boulet de canon », relie San Diego à New York (5 965 km non-stop !) en 11 jours, 7 h et 15 mn au volant d’une Bearcat de série, à 22 km/h de moyenne. Les routes empruntées, lorsqu’elles existent, ne sont à l’époque que des pistes boueuses et défoncées. 

 

 

En août 1916, Harry Stutz sort son propre moteur, un 4-cylindres de 5.9 litres dont la culasse en « T » comporte seize soupapes et qui développe 80 ch. Cette mécanique, montée sur la Bearcat, autorise une vitesse de 140 km/h. Toutefois, pour financer ce nouveau moteur, Stutz doit céder le contrôle de la société à un investisseur de Wall Street, Alan A. Ryan. En 1919, Harry Stutz vend la firme, puis crée HCS Motor Car Co et une société spécialisée dans les moteurs pour pompes à incendie. Les deux entreprises ne vivront pas longtemps…

 

 

Les Stutz, et notamment la Bearcat, sans cesse « améliorée », restent en production. En 1928, le modèle est définitivement supplanté par une moderne 8-cylindres, la Black Hawk de 5.3 litres, qui termine deuxième aux 24 Heures du Mans derrière la Bentley de Barnato-Rubin.

 

1912 Stutz Bearcat (Series A / B)
1914-1916 Stutz Bearcat
1920 Stutz Bearcat (Series H)- Photos : Bonhams
1929 Stutz Bearcat Boattail Roadster