Renault Estafette (1959-1980)

 

Publié par Philippe Baron le 11 avril 2014.

 

L’Estafette, l’incontournable utilitaire de celle que l’on appelait encore à l’époque la Régie Renault, a fait partie du paysage de la France durant plus de 20 ans. Véhicule emblématique des trente glorieuses, participant à son essor économique, l’Estafette répondait aux besoins des artisans, des marchands de glace, des itinérants boulangers ou charcutiers de campagne sans oublier la Gendarmerie Nationale. L’Estafette marquait aussi un tournant important dans l’histoire de Renault en étant son premier véhicule à traction avant.


Scan : John Lloyd

 

Dès 1953, le bureau d’études de la Régie Renault s’était lancé dans la conception d’un nouvel utilitaire, sous la direction d’un jeune ingénieur des Arts- &-Métiers en charge du projet, Guy Grosset-Grange. La solution retenue est alors l’abandon de la propulsion au profit de la traction avant. La position du moteur placé à l’avant et de son mode de fonctionnement libéraient ainsi la partie arrière de tous les organes mécaniques pour permettre une surface de chargement, basse et plate, avec un volume utilisable maximal. L’Estafette marquait un changement de culture technique radical pour Renault qui n’avait jamais proposé jusque-là un tout-à-l’avant, même pour ses voitures légères. 


Scan : Lawrence Peregrine-Trousers

 

Les ingénieurs ont utilisé des éléments mécaniques de la Dauphine et renversé le moteur Ventoux de 845 cm3 à trois paliers de 32 ch pour le placer en porte-à-faux avant, soit la disposition idéale pour une cabine avancée. Abaissé au maximum et situé entre les deux sièges avant pour des raisons d’encombrement, ce moteur est prolongé par un ensemble boîte-pont original, adapté à la traction-avant, avec en sortie deux cardans à joints homocinétiques. Toute la mécanique est posée sur un faux châssis. Hormis le train roulant, doté de deux roues indépendantes, l’arrière de l’Estafette est libre : seuls le réservoir d’essence et la batterie sont là, bien insuffisants pour corriger une répartition des masses logiquement inégale au point que deux gueuses de fonte permettront d’éviter les sauts de cabris lors des freinages à vide.


Photo : Epaves68

 

Présentée au public et à la presse en 1959, l’Estafette 500/600 kg est un véhicule déjà bien fiabilisé grâce à une série d’essais sur route qui avait débuté dès 1956 à travers l’Europe et l’Afrique du Nord. Son succès est immédiat. Moderne et pratique avec sa porte coulissante côté conducteur, elle séduit rapidement de nombreux commerçants. Les carrossiers peuvent facilement adapter le véhicule aux besoins de leurs clients : miroitiers, charcutiers ambulants, marchands de glaces ou campeurs, chacun y trouve son bonheur. Il existe même une version surélevée de 28 cm, qui adopte un toit en polyester stratifié issu des techniques développées par Renault pour le ferroviaire, puis la naissance d’une version allongée de 35 cm en 1965.


Scan : Lawrence Peregrine-Trousers

 

L'atout majeur de l'Estafette est son compartiment arrière, soit 6,1 m3 de volume utilisable sur une surface de chargement de 3,8 m2. L’accès à ce volume est double en dehors de celui par la cabine. À l’arrière, trois portes offrent le choix de charger et de laisser dépasser un paquet encombrant, mais aussi de transformer la poupe en comptoir de magasin pour donner vie à des camions bazars pour tous types de commerce. Sur le côté droit, une porte latérale coulissante permet d’accéder au compartiment arrière, sans difficulté étant donné la faible hauteur du seuil de chargement, idéal pour les livraisons. Cinq versions sortent dès 1959. Il y a d’abord la Zone bleue, une particularité française venue d’une législation du stationnement qui interdit la présence d’utilitaires de plus 500 kg de charge utile en ville. Il y a ensuite le fourgon 600 kg, le fourgon surélevé, le Pick-up bâché et le Microcar de 9 places. L’Estafette se démarque par ses couleurs vives, notamment ses laques orange, jaune et bleu, et par sa polyvalence d’utilisation. Dès 1961 naît l’Alouette, une Estafette entièrement vitrée, pouvant servir d’utilitaire la semaine et de familiale le week-end, et qui sera adoptée rapidement par la Gendarmerie Nationale Française.


Photo : Gueguette 80

 

En mai 1962, l’Estafette change de motorisation : un moteur Sierra est installé lui permettant une hausse des performances et une charge utile majorée de 200 kg. Ce moteur à cinq paliers (type Cléon-Fonte) propose en effet 12 ch SAE de plus que le moteur Ventoux, (45 ch SAE à 4 500 tr/min au lieu de 32 ch à 4 350 tr/min). En avril 1965, le fourgon long 1 000 kg à toit surélevé (7,75 m³) est caractérisé par sa portière battante pour accéder à la cabine côté conducteur (elle est coulissante sur les autres versions). En septembre 1968, l'Estafette est profondément remodelée : avec un nouveau moteur celui de la R12, 1 289 cm3 légèrement moins puissant (43 ch SAE) mais délivrant un couple plus important et lui permettant d’augmenter la charge utile jusqu’à 1 000 kg. Elle bénéficie d’un nouveau tableau de bord, de nouveaux pare-chocs renforcés gris intégrant les marchepieds à l'avant et de porte-phares chromés.


1975 Renault Estafette - Photo : Bastian basheem

 

Avec quelques légères modifications, nouveaux feux en décembre 1969, nouvelle calandre en tôle pour 1973, l’Estafette disparaît de la gamme Renault en juin 1980 après 533 209 exemplaires produits. Elle cède sa place au nouvel utilitaire Renault, le Trafic.