Renault 8 (1962-1973)

 

Publié par Philippe Baron le 16 août 2017.

 

En 1962, Renault  présente la  moderne  R8,  au  look  audacieux  et cubique, qui en dépit de son aspect compact, offre une étonnante habitabilité. Techniquement, elle  est la  première voiture de très grande  série  à disposer de  freins à disque  sur les  quatre roues.  Mais le meilleur de la R8 apparaît en octobre 64 avec une version rageuse et musclée, la Gordini, qui rendra accessible à toute une génération le plaisir de la conduite sportive.

 

 

Le  16 juin  1962,  la  Renault  8 est  présentée  officiellement à  la presse  en  Espagne. Elle est l’aboutissement du  projet 113,  mené  depuis  1958  sous la direction de  Pierre Dreyfus,  alors patron de Renault. Le design  retenu est celui  d’une  voiture très carrée dont la partie avant est presque symétrique avec l’arrière. La R8 se démarque ainsi de son aînée la Dauphine toute en rondeur. Les auteurs de cette évolution de style sont Gaston Juchet, styliste Renault, et  Philippe Charbonneaux, un designer indépendant. La berline mesure 3.99 m  de long et sa largeur est d’1.49 m.

 

 

Conservatrice  dans  son  architecture  avec  son moteur  en  porte-à-faux arrière, la R8 dispose néanmoins  d’un  nouveau  moteur  élaboré par  René  Vuaillat. Ce moteur 4-cylindres, 956 cm3, baptisé   « Sierra »   (Cléon-Fonte),     doté   d’un   vilebrequin  à cinq paliers et d’un  circuit de refroidissement scellé équipant déjà la R4, connaîtra d’ailleurs une longue carrière puisqu'il sera encore utilisé sur les Twingo, Express, Clio et Super 5 dans les années 1990. Il  délivre  48 ch à 5 200 tr/mn et 7.65 mkg de couple à 2 500 tr/mn. La R8 peut ainsi frôler les 130 km/h. Elle est équipée d'une suspension à  quatre  roues  indépendantes  et  d'une nouvelle boîte à 3 vitesses entièrement   synchronisée ou à 4 vitesses avec la première  non synchronisée (elle le sera pour 1965). Pour 1963, une boîte de vitesses automatique électrique Jaeger optionnelle remplace l'embrayage par un coupleur à poudre  magnétique. La  Renault  8 fait date en étant la  première voiture de très grande série à disposer de freins à disque sur les quatre roues.  De ce fait, l’efficacité  du  freinage  ne  se  voit  pas  diminuer  par l’échauffement,  même sur les routes de montagne, lors d’une utilisation très prolongée de la  voiture. En 1964, le confort est encore amélioré avec la R8 Major qui dispose aussi de plus de puissance avec le moteur 1 108 cm3 de 50 ch accouplé à une boîte à 4 vitesses entièrement  synchronisées  provenant  de la  Caravelle 1100 et qui offre à la Major une économie de consommation, plus de souplesse et de nervosité et une vitesse de pointe de 135 km/h.

 

 

Après  sa  présentation  au Salon  de  Paris  1964,   Renault  commercialise dès 1965  la version sportive Gordini du nom du célèbre préparateur de moteurs. La R8 Gordini (type R1134) est vendue exclusivement dans une couleur dite « bleu de France », frappée de 2 lignes blanches qui courent le long de la carrosserie. Elle se  distingue  aussi  par  ses gros projecteurs de diamètre 200 mm et ses quatre amortisseurs à l'arrière. La Renault 8 Gordini  permet à une toute clientèle d'enthousiastes et d'amateurs  de conduite sportive de satisfaire leur passion pour le prix d'une voiture de grande série. Elle deviendra une icône dans le monde du sport automobile français grâce à son prix abordable et à son comportement survireur (elle dérive de l'arrière) dû au moteur en porte-à-faux arrière qui facilite la conduite sportive.

 

 

À partir du bloc d'origine,  Amédée Gordini a porté la cylindrée à 1 108 cm³ et la puissance à 77,5 ch DIN (95 SAE) grâce à une culasse hémisphérique (soupapes en V et bougies centrales) et à deux  carburateurs double corps horizontaux  Solex.  Ainsi, la vitesse  de  pointe atteint 170 km/h, ce qui fait de la Renault 8 Gordini l'une des voitures françaises les plus rapides de l'époque. La boîte de vitesses mécanique est à quatre rapports. En septembre 1965, apparaît la Renault 8 Gordini 1300 (175 km/h) dotée d'un moteur de 1 255 cm³ développant  88  ch  DIN  (103 SAE) et d'une boîte à cinq vitesses. La version 1300 (type R1135), qui est reconnaissable  à ses quatre projecteurs et à ses ouïes de refroidissement de chaque côté derrière le pare-chocs avant, ajoute un volant à trois branches et un réservoir supplémentaire de 25 litres dans le coffre avant.

 

Tour Auto 2013 - Photo : autonewsinfo

 

Un mois seulement après la présentation de la Renault 8 Gordini, Jean Vinatier remporte à son volant le  rallye  du  Tour de  Corse  1964,  puis Pierrot  Orsini et  Jean-François Piot récidivent respectivement en 1965 et 1966 devant les Alfa Romeo GTA et autres Porsche 911. En 1968, Jean-Pierre Nicolas, sur Renault 8 Gordini, s'impose au Rallye du Maroc. Ajoutons qu’en 1966, la revue Moteurs, avec le soutien  de Renault et de Dunlop, crée une coupe spécifique, la Coupe Nationale Renault 8 Gordini, qui permettra aux possesseurs de R8 Gordini de s'affronter sur les rallyes et les courses de côte, puis à partir de 1967 sur les circuits où se feront remarquer de jeunes talents : Andruet, Cudini, Darniche, Jabouille, Jarier, Leclère, Malcher, Ragnotti et Thérier. Mais l'utilisation de la « Gorde »  ne peut se résumer qu’à sa carrière sportive car elle pouvait être conduite au quotidien, on pouvait la rencontrer aussi bien en ville que sur les routes. Au total, 12 203 Renault 8 Gordini  ont été produites dont 9 580  versions 1300. Le jour où la R8 Gordini laissa place à la R12 Gordini (à traction avant), une vaste fête fut  organisée sur le circuit du Castellet, le week-end des 18 et 19 juillet 1970. Près de 2 000 R8 Gordini firent le déplacement en Provence.

 

Photo : Pasparteu

 

En contretemps, le moteur de la Renault 8 « normale »  était passé de 956 à 1 108 cm3. Puis, au mois d’août 1968, Renault présente la 8 S, qui est une version sportive moins chère que la Renault 8 Gordini. C’est la voiture du compromis, présentée à sa sortie avec une peinture jaune et un aspect extérieur sportif. Dotée d'une calandre identique en tous points à celle de la Gordini (à ceci près que les phares centraux ne sont pas à iode). L'intérieur propose un mélange entre Gordini, avec ses compteurs ronds Jaeger, et  Major, pour le faux bois de la planche de bord. Côté mécanique, le 1 108 cm³  est plus puissant que celui de la Major, grâce à la présence d'un carburateur double corps Weber type 32DIR type Compound et d'un arbre à cames spécial. La R8 S passe les 140 km/h sans difficulté, soit plus de 10 km/h de plus que la Major mais au moins 30 km/h de moins que les Gordini.

 

Renault 8 S

 

La  carrière de la  R8 se termine à la fin du millésime 1973 avec une production de 1 329 372 exemplaires. Elle sera encore commercialisée pendant trois ans en Espagne.  Dans la gamme Renault, sa véritable héritière se fera attendre pour 1990 avec l’arrivée de la Clio, qui, avec toutes ses motorisations, sera tout aussi polyvalente.