Peugeot 205 (1983-1998)

 

Publié par Philippe Baron le 22 avril 2016.

 

Lors de son lancement en 1983, la Peugeot 205 était la voiture de tous les espoirs, la voiture quitte ou double pour une firme confrontée à de gigantesques problèmes. Un pari d’autant plus risqué, qu’elle affichait une modernité et un dynamisme indispensables certes mais totalement déconnectés de l’image traditionnelle des Peugeot. Soigneusement préparé, ce pari a été gagné sur toute la ligne.

 

 

Au début des années 80, Peugeot traverse l’une des plus graves crises de son existence suite au rachat ruineux de Chrysler Europe et de l’absorption de Citroën en 1975.  Dès lors, le projet M24 se voit confier une mission salvatrice, celle de sauver la marque de la situation catastrophique dans laquelle elle se trouve. Ce véhicule de conquête, qui prendra la forme de la 205, est, dès le départ, conçu pour offrir la gamme la plus large possible.


 

Sacré numéro ou numéro sacré, la 205 va tirer Peugeot d’un mauvais pas financier. Le cahier des charges s’était fait très ambitieux car le projet M24 avait tout d’une tentative de la dernière chance. Cette ambition aboutit également à des choix stylistiques audacieux pour une marque habituée au conservatisme. Alors que Pininfarina était l’auteur de la plupart des Peugeot des années 70, c’est le bureau de style interne dirigé par Gérard Welter qui remporte la compétition organisée en interne, tandis que l’habitacle prend forme sous le crayon de Paul Bracq.


 

Le style de la 205 rompt avec le passé, avec son hayon et une ceinture de caisse assez basse pour offrir un maximum de luminosité à l’intérieur de la voiture. Il s’en dégage une ligne très dynamique qui fait de la 205 bien autre chose qu’une simple voiture de petite taille. Son côté pratique est par ailleurs indéniable, son large coffre bénéficiant de suspensions à plat entièrement logées sous le plancher.


 

Le premier prototype voit le jour en 1981 et la production est entamée fin 1982. Le 24 février 1983, la 205 est commercialisée en carrosserie 5 portes, 5 versions (base, GL, GR, SR et GT). Soucieux d’élaborer une offre aussi large que possible, les concepteurs de la 205 sont allés puiser dans l’impressionnante banque d’organes du groupe proposant au départ 4 motorisations essence différentes, il s'agit des "moteurs X" de la Française de Mécanique : XV8 (954 cm3, 45 ch), XW7 (1 124 cm3, 50 ch), XY7 (1 360 cm3, 60 ch) et XY8 (1 360 cm3, 80 ch). Puis en septembre, arrivent les versions diesel GLD, GRD et SRD équipées du moteur XUD7 1.8 (1 769 cm3, 60 ch). La 205 diesel sera pendant longtemps beaucoup utilisée dans les versions Auto-école et commerciale 3 portes par les entreprises. Avec 3,9 litres de gazole aux 100 km, la 205 était une championne de l'économie avec pour la première fois une motorisation diesel équivalente en performances à la version essence, en conduite usuelle.


 

L’impact et le succès de ce que la publicité présente déjà comme un « sacré numéro » sont impressionnants. Les cadences s’affolent dans l’usine de Mulhouse, qui ne peut bientôt plus faire face à la demande. Espérées à un niveau de 800 voitures par jour, le rythme de la production dépasse vite le millier, pour atteindre 2 350 en 1985 ! Le million d’exemplaires diffusés est franchi en moins de deux ans, de quoi remettre totalement Peugeot sur la bonne voie, d’autant que la 205 est une vraie arme de conquête, puisque 50 % de ses acheteurs viennent de la concurrence, preuve de l’excellence du positionnement de la dernière-née sochalienne, qui n’a pas fini de faire parler d’elle.


 

Tout au long de son développement, la 205 fait l’objet d’un concours de circonstances heureux et semble attirer les plus grands talents. Ainsi, Jean Todt encore inconnu du grand public, propose en juin 1981, six mois seulement avant le lancement de la 205, un programme sportif ambitieux : accepté par Jean Boillot, malgré les difficultés financières, il aboutira à l’engagement de la 205 Turbo16 en championnat du monde des rallyes dès 1984, qui, aux mains de Ari Vatanen, Timo Salonen et Juha Kankkunen, gagne les titres pilote et constructeur du Championnat du monde des rallyes en 1985 (Salonen) et 1986 (Kankkunen), puis le Paris Dakar en 1987 (Vatanen) et 1988 (Kankkunen), et le Championnat de France de rallycross en 1988 (Guy Fréquelin), 1989 (Philippe Wambergue) et 1990 (Jean-Manuel Beuzelin). La 205 Turbo 16 série 200 (moteur XU8T : 1 775 cm3, 200 ch) est commercialisée en mars 1984 à 200 exemplaires, pour l'homologation en Groupe B des 20 exemplaires de 205 Turbo 16 Évolution 1.


Peugeot 205 T16

 

Prévue dès le départ dans le projet M24, celui de la 205, la version GTI avait été voulue par les dirigeants de Peugeot, impressionnés par le succès de la Golf GTI. Volkswagen venait de lancer une mode très prisée par les jeunes cadres dynamiques et les passionnés de sensations fortes. La Peugeot 205 GTI emboîte le pas en mars 1984 et sera « plus GTI que jamais » avec un succès et une gloire qui en feront la nouvelle référence de la catégorie.

 

 

En 1975, Volkswagen avec sa Golf initiait une recette qui consistait à prendre une voiture de moyenne gamme, voire de moyenne gamme inférieure, et de la doter d’une mécanique généreuse associée à un châssis et à des liaisons au sol de qualité. Avec sa Golf GTI, Volkswagen démontrait que la performance était devenue un vecteur d’achat à ne pas négliger. Peugeot, qui en était convaincu, et plus particulièrement son PDG, Jean Boillot, avait commencé à réorienter son marketing vers plus de dynamisme avec la 104 ZS, mais qui était bien loin de pouvoir rivaliser avec l’allemande. Le Lion présente la Peugeot 205, élégante et moderne, en février 1984, et sort finalement ses griffes le 1ermars 1984 au Salon de Genève avec la 205 GTI.

 

 

La Peugeot 205 GTI reste fidèle stylistiquement à la version de base tout en inspirant avec sobriété, force et sportivité : élargisseurs d’ailes en plastique ornés d’un discret liseré rouge qui parcourt la caisse au milieu d'un épais bandeau latéral, jantes alliages de 14" avec des pneus larges à taille basse (185/60), spoiler avant couleur carrosserie (ainsi qu'à l'arrière) intégrant des projecteurs supplémentaires et une caisse rabaissée de 12 mm par rapport à la berline. A l’intérieur : moquette rouge, siège semi-baquet en deux tons gris et noir « Biarritz », deux gros cadrans au tableau de bord sans oublier le volant à 2 branches marqué du sigle GTI de couleur rouge. Aussi pratique que la version « sage », la GTI possède une banquette arrière rabattable par moitié et des sièges avant à basculement. Les options comprennent le pack électrique (verrouillage centralisé et lève-vitres avant électriques) et la peinture noire vernie ou métallisée, gris Futura (clair) et gris Graphite (foncé) en plus des teintes de base, blanc Meije et rouge Vallelunga.

 

 

Equipée du nouveau bloc XU de 1 580 cm³ apparu sur la Citroën BX 16, la Peugeot 205 GTI 1.6 voit son moteur dopé par l'injection Bosch Jetronic, jusqu’alors réservée à des autos plus prestigieuses, portant ainsi sa puissance de 90 à 105 ch DIN à 6 250 tr/mn et 137 Nm de couple à 4 000 tr/mn. Baptisé "XU 5J", ce moteur est monté transversalement avec la boîte de vitesses à 5 rapports BE1 en bout. Grâce à ses 850 kg, la Peugeot décomplexée offre des performances de premier plan avec 193 km/h et des accélérations de 0 à 100 km/h en 9"5. Un an après, la puissance gagne 10 ch. Mais il en faut encore plus pour combler son déficit de notoriété par rapport à la Golf dominatrice. L’évènement arrive en 1987 avec le bloc de 1 900 cm3 qui donnait jusqu’ici de la voix dans la 309. Cette mécanique de 130 ch, moderne, tonique et souple à la fois, qui souligne encore mieux ses qualités routières, permet à la 205 GTI d’être armée pour lutter et de franchir le seuil magique des 200 km/h, tandis que le 0 à 100 km/h se fait maintenant en 8.2 secondes. Quatre freins à disque et un train arrière spécifique complètent maintenant l’offre. Icône des "années GTI", la 205 GTI a été produite jusqu’en janvier 1994. Au final, 332 942 exemplaires sont sortis des chaînes, un grand succès dans l’hexagone mais aussi en Europe, où près de deux tiers des modèles ont été exportés.

 

 

Les versions 3 portes : XE, XL, XR et XT pour les essences ou XLD et XRD pour les diesels apparaissent en mars 1984 et en septembre 1984, les modèles « Société » avec une TVA à 18.6 %. Pour 1985, la GTI 1.6 est disponible en 125 ch sous forme d'un kit routier Peugeot-Talbot Sport tandis que la version 105 ch poursuit sa carrière. En mars 1985, apparaissent les cabriolets CT (rebaptisés ensuite CJ) en deux versions CT (moteur XY8 : 1 360 cm3, 80 ch) et CTI (moteur XU5JA : 1 580 cm3, 115 ch) en mars 1986. En septembre 1986, le moteur de la GTI est porté à 130 ch.


 

Tandis que la 205 Turbo 16, à moteur central et 4 roues motrices, servait bien l’image de son homonyme à traction avant, la gamme continue à évoluer : en juillet 1988, remodelage de la planche de bord et remplacement d’une partie des moteurs de la gamme par les nouveaux TU de 1124 et 1360 cm3 apparus sur la Citroën AX en octobre 1986 ;  sortie d’une version sportive mais peu chère, la « Rallye » à moteur 1300 en mars 1988 ; nouvelle boîte de vitesses sur les modèles à moteur XU (205 Automatique 1580 cm3, Diesel, GTI) en juillet 1989.


 

Grâce à la 205, Peugeot réussit à se hisser depuis 1987 au troisième rang des groupes automobiles européens, avec 12.7 % du marché en 1989, en dépit de la grève longue et dure, qui a paralysé les usines de Mulhouse et de Sochaux à l’automne. Pour le millésime 1991, toutes les 205, comme toutes les Peugeot, reçoivent un rétroviseur extérieur droit en série, un bouchon de réservoir de carburant fermant à clé, des groupes optiques avec clignotants « cristal » (transparents et non plus orange) et des feux arrière rouge et fumé (au lieu de rouge-blanc-orange). Les 205 XR et GR 1360 cm3 ont désormais des pneus plus large en série 70 et une console longue ; les SR, GT et Automatic, des glaces avant à commande électrique et une condamnation centralisée ; les cabriolets, une capote à manœuvre électrique (en option sur CJ et en série sur CTI). Enfin, un freinage antiblocage Bendix, que Peugeot appelle ABR, d’un type simplifié à deux capteurs, est proposé en option sur la 205 GTI 1600.


La Peugeot 205 inaugure les séries spéciales Roland-Garros en 1984. Elle est suivie par une version cabriolet dès 1989.

Pour le millésime 1992, la 205 Gentry fait son entrée avec sa sellerie cuir et ses boiseries dans le but de concurrencer directement la Renault Clio Baccara. Sur les motorisations 954 cm3, ne subsistent que les versions Junior et GL ; sur le 1 245 cm3, les boîtes manuelles 4 rapports disparaissent au profit des 5 rapports ; sur les 1 360 cm3, le moteur TU 3A de 70 ch fait place à un TU 3.2 l de 75 ch.

 

 

Bien qu’elle reste toujours très populaire, la 205 vieillit peu à peu et la marque au Lion joue désormais sur les séries spéciales pour ne pas perdre trop de parts de marché. En 1993, les normes antipollution imposent l'adoption sur tous les moteurs essence (TU et XU) de l'injection électronique (c'est déjà le cas des XU proposés sur la 205, sauf sur Automatic) et d'un pot catalytique. La gamme 205 est sérieusement épurée et ne compte plus de modèles sportifs, qui ont pourtant nettement contribué au succès du modèle, véritable mythe des années 1980.


Peugeot 205 Gentry

 

La Sacré Numéro est remplacée par la 205 Génération fin 1996. Celle-ci marque la fin de la production et se caractérise par son intérieur en velours bleu, son tableau de bord revu et un volant bombé. Par rapport à la Sacré numéro, elle perd sa jupe avant sport type rallye et les sièges baquets. Huit couleurs sont proposées au catalogue : blanc Banquise, gris Quartz métallisé, vert Mayerling métallisé, bleu Genesis métallisé, bleu Miami métallisé, gris Château métallisé et rouge Vallelunga. Seules deux motorisations sont disponibles : le 1.4i essence de 1 360 cm3 et le 1.8 diesel de 1 769 cm3.


 

À la suite du lancement de la Peugeot 206 en septembre, la production de la 205 s'arrête peu après seize années de carrière. Elle fut l'un des modèles phares du constructeur et fabriquée à 5 278 300 exemplaires, ce qui faisait d'elle la Peugeot la plus produite jusqu'à ce que la 206 la dépasse. 


1998 Peugeot 205 Génération