Packard Twelve Prototype (1998)

Photos : Patrick Ernzen, courtesy RM Auctions.

 

Publié par Philippe Baron le 15 mai 2014.

 

Dès sa création en 1899, la marque Packard s’était démarquée dans la conception de modèles de luxe et avait fait rêver des générations d’Américains. Après avoir construit semi-artisanalement 1.5 million de véhicules, Packard devait fermer ses portes en 1958 face aux trois puissants constructeurs de masse, Ford, Chrysler et General Motors. Cependant en 1995, Roy Gullickson, un spécialiste d'ingénierie mécanique, racheta les droits de l’entreprise pour fournir des pièces aux collectionneurs de la marque mais aussi dans le but de la ressusciter. 


 

En 1898, James Ward Packard achète une automobile Winton qui ne le satisfait pas. Se sentant capable de faire mieux, il se lance dans la construction automobile l’année suivante avec son frère, William, dans un magasin à Warren (Ohio). Ainsi naissait l’Ohio Automobile Company qui, quatre ans plus tard, s’installait à Detroit et devenait la Packard Motor Car Company. Le slogan de ce nouveau constructeur était instauré dès 1901, et ne changea jamais : " ask the man who own one " (demandez à celui qui en a une). Dès 1903, Packard se distingue avec la K-S, plus connue sous le nom de Grey Wolf. Cette voiture originale était l'oeuvre de l'ingénieur Charles Schmidt que les frères Packard avaient fait venir d'Europe pour la réalisation de ce projet. Contrairement à la pratique voulant que le radiateur du moteur soit placé à l'avant, généralement derrière une imposante calandre, cette Packard était dotée d'un radiateur multitubulaire en cuivre qui ornait ses flancs. Son museau pointu réduisait considérablement la résistance à l'air. Il faudra attendre 1970 et la Lotus 72 Formule 1 de Colin Chapman à radiateurs latéraux pour retrouver cette ingénieuse solution technique. En 1904, la voiture établissait deux records de vitesse.


1903 Packard Model K-S Gray Wolf - Photo : conceptcarz.com

 

En 1915, pour répondre au V8 lancé par la marque émergeante Cadillac l'année précédente, Packard commercialise la première automobile de série à 12 cylindres, la Twin Six. Cette voiture fut d'emblée un succès, grâce à son silence, sa souplesse et sa vitesse de pointe. En 1919, Packard établisait un nouveau record de vitesse, cette fois avec la 12 -cylindres à 240 km/h. Les années 30 après le krach boursier sont marquées par la chute des ventes des voitures de luxe. Pour éviter la faillite certaine, Packard fait le choix de démocratiser son offre en proposant des voitures plus abordables. Au sortir de la guerre, après avoir produit des moteurs d’avion, les dirigeants de Packard prennent le risque d’abandonner le domaine du grand luxe pour se cantonner uniquement à la fabrication de voitures à prix moyens. Ils continuèrent de persister dans cette politique au début des années cinquante, une période pourtant en pleine croissance.


 

L'arrivée de James J. Nance à la présidence de Packard en mai 1952 pouvait laisser présager une reprise en main des affaires. Son ambition était de réinstaller la marque Packard au sommet de la hiérarchie en mettant l'accent sur les modèles de luxe. Mais après un sursaut en 1953 grâce à la Carribean, Packard touche le fond. Cela n’empêche pas Nance de se lancer dans une lourde opération financière en rachetant le 22 juin 1954 le constructeur indépendant Studebaker, dont la situation financière n'était guère reluisante. La Studebaker Packard Corporation voyait le jour le 1er octobre 1954. James Nance pensait que pour survivre face aux trois grands constructeurs américains, General Motors, Ford et Chrysler, il n'avait pas d'autre choix que de s'unir avec un ou plusieurs autres indépendants. En 1929, ces constructeurs indépendants représentaient 20 % des parts du marché américain. Ce chiffre chutait à 13 % en 1952, et à seulement 4 % en 1956. Mais Nance avait sous-estimé les difficultés de Studebaker. Packard était encore sain financièrement, et c'est Studebaker qui allait l'entraîner dans une situation délicate.


 

Le groupe fut racheté le 6 juillet 1956 par la société d'aviation Curtiss Wright. Les dernières Packard furent assemblées en juin 1956, puis remplacées par un modèle bâtard sur la base de la Studebaker President. En 59 ans, il fut fabriqué 1 610 890 voitures de marque Packard. Studebaker fut sauvé pour quelques temps avec sa compacte Lark commercialisée en 1959. Mais à son tour, le constructeur de South Bend fermait définitivement ses portes en mars 1966.


 

En 1995, Roy Gullickson qui détenait les droits sur le nom de Packard, tenta avec passion de faire renaître la marque en construisant le prototype d’une nouvelle Packard 12, inspirée des années 50, mais destinée à propulser la légende dans le 21ème siècle. La conception de ce prototype, au moteur V12 de 525 cu.in et 440 ch, lui était revenu à 1.5 million dollars. Roy Gullickson tenta en vain de trouver des investisseurs pour financer sa production. Malgré un carnet de commandes de 90 véhicules, le projet ne put sérieusement aboutir. Le 26 mai 2014, le prototype se retrouvera pour la première fois aux enchères organisées par RM Auctions.