Packard (1955-1956)

1955 Packard Four Hundred - Photos : Auctions America

 

Publié par Philippe Baron le 19 juin 2013.

 

Tout en étant en équilibre instable financièrement, Packard cherche à se sortir de cette situation par l’innovation en présentant une nouvelle génération de modèles pour 1955. Malgré la fusion d'octobre 1954, les Packard de 1955 et 1956 demeurent totalement différentes des Studebaker. L'esthétique de la nouvelle gamme se caractérise par des lignes tendues, des feux arrière " cathédrale ", des phares avant dotés de visières, et une calandre plus expressive que celle de la génération précédente.

 

 

En dépit des circonstances, James Nance, directeur de la Studebaker-Packard Corporation, et son nouveau responsable du design depuis 1951, Richard Teague, ne se sont pas contentés de faire du neuf avec du vieux. Optimiste, James Nance observe une économie américaine qui tourne à pleine capacité pour répondre à l'insatiable désir de consommation des ménages.

 

 

Le nouveau V8 Packard remplace l'antédiluvien huit cylindres en ligne après trente ans de service. Proposé en deux cylindrées, 320 et 355 Ci, moderne et performant, ce moteur surpasse sans difficulté les V8 de la concurrence. Avec 275 ch dans sa version la plus performante, la nouvelle Caribbean tutoie la Chrysler 300 de ... 300 ch, la voiture américaine la plus puissante du moment. Elle est disponible dans de savantes combinaisons à trois tons, et propose en série ce qui se fait de mieux en matière d'équipements électriques et d'assistances diverses, de finition, de confort et de performance.

 

 

James Nance misait sur 100 000 voitures produites en 1955. En fin d'année, seulement 55 000 Packard furent vendues. Les raisons de cette mévente impliquent une réticence des acheteurs pour l’acquisition d’une automobile d’un constructeur indépendant dont l’avenir paraît incertain. Comparé à celui des puissants Big Three, le réseau de distribution de Packard est bien insuffisant et le budget réservé à la publicité de ses produits bien mince face à celui de Ford, Chrysler ou GM. Fin 1955, la Studebaker Packard Corporation est restée dans le rouge et l’électrochoc tant attendu par Nance n'a pas eu lieu. Le prestige attaché au nom de Packard n’était plus suffisant et Packard allait bientôt subir le même sort que les autres indépendants.

 

 

L'année 1956 sera celle des dernières vraies Packard. Les deux marques Packard et  Clipper sont désormais clairement séparées. Les V8 ont gagné quelques chevaux, jusqu'à 310 sur la Caribbean. Esthétiquement, les Packard arborent une calandre complétée par une prise d'air sous le pare-chocs. Mais des problèmes logistiques viennent alors perturber la production. La société Briggs qui fabriquait depuis 1940 les carrosseries de Packard est rachetée par Chrysler en 1954, et ce dernier s'empressa de rompre les contrats entre Briggs et Packard. Packard fut donc contraint de rapatrier cette production chez un autre sous-traitant, dans des conditions très précaires. La qualité d'assemblage s'en ressentit, du fait notamment des contrôles insuffisants et l’image de qualité de la marque fut à nouveau dégradée. Il ne fut vendu en 1956 que 10 353 Packard et 18 482 Clipper.

 

 

Sans les soutiens financiers qui s'imposaient pour sauver Packard et Studebaker, James Nance n'avait pas d'autre solution que de démissionner en août 1956. Son manque de vision stratégique lui fut reproché, de même que sa volonté de commercialiser en 1955 une voiture manquant de fiabilité, faute d'une conception trop hâtive. Entre temps, le groupe Packard Studebaker avait perdu plusieurs commandes de l'état au fur et à mesure que la demande en matériel militaire diminuait. Le groupe est racheté le 6 juillet 1956 par la société d'aviation Curtiss Wright, en échange de facilités gouvernementales et fiscales. L'acquéreur s'attelait à reprendre l'affaire en main dans le cadre d'un contrat de management de 3 ans. Sa première décision fut de vendre toutes les usines autres que le site Studebaker de South Bend, et en particulier toutes les installations de Détroit. De fait, cela aboutissait au transfert de Packard chez Studebaker. Curtiss Wright, qui n'avait aucun état d'âme, et qui ne se souciait absolument pas du riche passé de Packard, ne fit pas dans la demi-mesure. Les dernières Packard furent assemblées en juin 1956, puis remplacées par un modèle bâtard sur la base de la Studebaker President.