Mercedes-Benz "Große Heckflosse" W111/W112 (1959-1971)

1959 Mercedes-Benz 220 S W111

 

Publié par Philippe Baron le 2 mars 2015.

 

Présentées à la presse en août 1959 sur le circuit de la Solitude, non loin de Stuttgart, les nouvelles Mercedes-Benz 220 succèdent à la génération dite « ponton » apparue en 1953. Avec des dimensions supérieures et un style sous influence américaine, les nouveaux modèles évoquent la prospérité des années 1960. Leur design marque un tournant dans l’histoire de la marque. Ces limousines de luxe à forte personnalité font entrer les clients de l’Etoile dans une autre époque.

 

Mercedes-Benz 220 S - Photo : Michael Gil

 

Œuvre des stylistes maison dirigés par Karl Wilfert, le design de la nouvelle classe S nommée W111 et présentée au public le 17 septembre 1959 au Salon Automobile de Francfort, reste sobre et classique. Il se caractérise par un pare-brise et une lunette arrière panoramiques ainsi que par de discrets ailerons, qui n’altèrent pas l’homogénéité de la ligne. Innovants, les optiques intègrent sous globe au profil d’arche les phares, antibrouillards, clignotants et feux de stationnement.

 

Mercedes-Benz 220 S W111 - Photos : Georg Sander

 

Très tôt, Mercedes s’est occupé de la protection des passagers, active et aussi passive en transposant systématiquement la philosophie de Béla Barényi, l’apôtre de la sécurité chez Mercedes : les modèles de la Sonderklasse génération Heckflosse (surnom attribué en raison des ailerons) sont parmi les premières voitures à être munies non seulement d’un tableau de bord et de montants rembourrés, mais aussi d’un volant antichocs. Toutes les manettes et commandes proéminentes sont montées élastiquement et, en partie, affleurantes. Les serrures de portières à tourillon conique sont un autre pas dans la même direction. Pour plus de sécurité, une solide cellule ‘passagers’ est amortie en cas d’accident, par des zones de déformation à l’avant et à l’arrière.

 

 

Trois versions reprenant des désignations déjà connues - 220, 220 S et 220 SE – sont mises sur le marché pour le millésime 1960. La ‘220’ en entrée de gamme reçoit un équipement réduit à l’essentiel avec son moteur qui ne développe avec ses deux carburateurs que 95 ch DIN. La 220 S, la plus diffusée, offre 15 ch de plus et surtout une présentation plus raffinée, à l’intérieur comme à l’extérieur, qu’elle partage avec la 220 SE dotée de l’injection indirecte et de 120 ch. Alors que la 220 doit se contenter de simples feux rouges trapézoïdaux surmontés d’une crosse chromée, les 220 S et SE s’ornent de larges combinés incorporant l’éclairage de la plaque d’immatriculation, et la moulure chromée se prolonge tout au long de l’arête d’aile pour se terminer sur la portière. Sur ces dernières, les pare-chocs se dédoublent à l’arrière, et les enjoliveurs de roues comportent un cerclage chromé supplémentaire. 

 

Photo : Georg Sander

 

A l’intérieur de la 220, l’habillage de bois se limite au bandeau vertical de la planche de bord, mais sur les modèles supérieurs, il s’étend aux frises de portières et à l’encadrement du pare-brise. Cette touche de grande classe disparaîtra sur les modèles ultérieurs au profit de bourrelets souples au nom de la sécurité. La liste des options est pratiquement commune aux trois modèles : toit ouvrant en dur, garnissage de cuir ou en simili ‘tex’, peintures choisies dans la gamme spéciale du catalogue (en un ou deux tons), appuis-tête, ceintures avant et arrière, direction assistée… Détails amusants : le tachymètre vertical évoque un thermomètre, et à l’image de la colonne de mercure, son ruban grimpe avec la vitesse : jaune jusqu’à 40 km/h, puis hachuré orange et jaune jusqu’à 60 km/h, rouge au-delà. La trappe de remplissage du réservoir de carburant est quant à elle dissimulée derrière la plaque d’immatriculation. Montée sur un ressort, celle-ci bascule pour donner accès à l’orifice.

 

Photo : MILESDM

 

Avec sa structure monocoque (seules les ailes avant sont boulonnées), l’architecture de la voiture est héritée de la précédente 220. Sur la caisse sont fixés, par interposition de blocs caoutchouc, les trains roulants, l’avant reposant sur un faux châssis. Ce train avant associe ressorts hélicoïdaux et ressorts à lame, ces derniers assurant la liaison entre le berceau, la traverse et la barre stabilisatrice. Le pont arrière fait appel à une technique propre à Mercedes depuis les années 1930 : celle de l’essieu brisé articulé en son centre et maintenu par des biellettes aidées d’un ressort compensateur. Dans ce système, un seul point d’ancrage sur le carter de différentiel permet le débattement des trompettes enfermant les demi-arbres de roues, les mouvements étant limités par des jambes de force articulées sur la coque et un ressort compensateur horizontal, formule inaugurée sur la 300 SL. La suspension arrière fait aussi appel à des ressorts hélicoïdaux complétés par des amortisseurs télescopiques. Pour les fortes charges ou les remorques, l’option « suspensions renforcées » des 220 y ajoute des tampons gonflables. Le freinage est assuré par quatre tambours sur les premières 220 S et SE, ainsi que sur les 220 antérieures à 1964, puis des disques à l’avant. Les 300 SE bénéficient dès l’origine de quatre disques et d’un circuit double, amélioration étendue à l’ensemble de la gamme en août 1963.

 

1963 Mercedes Benz W111 220 S - Photo : Henrik Sommer

 

La transmission standard des modèles 220 est un embrayage monodisque à sec et boîte à quatre rapports synchronisés avec levier au volant. Associant un coupleur hydraulique à un embrayage classique, l’option Hydrak permet l’arrêt et le redémarrage sur un rapport (le second de préférence) et dispense de la pédale d’embrayage (remplacée par un contact électrique intégré au sélecteur), mais non du changement de vitesse proprement dit. Adoptée en série sur la 300 SE dès sa sortie et proposée en option sur les autres modèles à partir de 1961, la boîte automatique intégrale est l’une des premières du marché à offrir la possibilité de verrouillage manuel des trois (ou des deux) rapports inférieurs. Elle comporte un coupleur hydraulique et des trains planétaires à quatre rapports, avec sélecteur à six positions, rappelées par un cadran sur la planche de bord : P-R-0-4-3-2 (l’automatisme intégral étant obtenu en 4). La boîte automatique Hydrak, nécessitant une adaptation à la conduite ‘deux pédales’ ne séduira que peu de clients. La boîte DB Automatic à quatre rapports fera par contre beaucoup d’adeptes. Pour les conducteurs plus sportifs, les dernières 220 à boîte mécanique (sorties à partir d’octobre 1964) sont disponibles avec une nouvelle option : le levier de vitesses au plancher.

 

1964 Mercedes Benz 220 SE - Classix.se

 

Les nouvelles 220 reprennent le 6-cylindres à simple arbre à cames en tête, œuvre de l’ingénieur en chef Fritz Nallinger, apparu en 1951 sur les 220 premières du nom et qui bénéficie cependant d’un surcroît de puissance grâce à la présence de deux carburateurs. Développant 80 ch dans son exécution initiale, il offre en 1959 dans ses versions à deux carburateurs 95 ou 110 ch DIN. L’injection indirecte Bosch dans la tubulure d’admission, présentée en 1958 sur la 220 SE « ponton », procure 10 ch de plus et surtout de bien meilleures reprises à bas régime. En dépit de son vilebrequin à quatre paliers seulement, la robustesse et la longévité de ce groupe sont à la hauteur de la réputation de la firme. 

 

Mercedes-Benz 230S W111 - Photo : Kompressed
1966 Mercedes Benz 250 SE - Photos : Classix.se

 

La gamme est remaniée à l’automne 1965. Les 220 disparaissent du catalogue pour laisser place aux nouvelles 250 S/SE (série 108) plus fines et plus basses, mais la carrosserie à ailerons (Heckflosse) restera en production jusqu’à la fin de 1967 sous l’appellation 230 S, avec une légère augmentation de cylindrée et de puissance. Cette dernière reste extérieurement identique à la 220 S de 1930, à un chiffre près sur le monogramme de malle. Au total, la 200 a été produite entre 1959 et 1965 à 69 691 exemplaires, la 220 S pendant la même période à 161 119 exemplaires et la 220 SE à 66 086 exemplaires. Entre 1965 et 1967, la ‘230’ a été produite à 40 258 exemplaires et la 230 S à 41 107 exemplaires.

 

Mercedes-Benz 300 SE - Photos : Kompressed

 

A l’automne 1961, au Salon de Francfort, Mercedes présente un nouveau modèle de prestige, la 300 SE (W112), destinée à succéder à la très luxueuse mais confidentielle 300 d. La 300 SE reprend la carrosserie des 220 S et SE, enjolivée de nombreux chromes additionnels (ceinture de caisse, passage de roue, gouttières et cadres de vitres) mais comporte sous le capot maintes innovations. Le moteur dispose d’un bloc inédit plus léger de 30 kg, entièrement coulé en alliage léger, toujours coiffé d’une culasse à arbre à cames en tête. Modèle de pointe, la 300 SE reprend la conception du 3 litres à sept paliers des séries précédentes, mais avec une installation d’injection indirecte, semblable à celle de la 200 SE, au lieu de l’injection directe (dans la chambre de combustion) adoptée sur les 300 d et 300 SL. 

 

1961 Mercedes-Benz 300 SE (W112)

 

A la fin de 1963, une nouvelle pompe d’injection à six pistons au lieu de deux, ainsi qu’une légère augmentation du taux de compression (de 8.7 à 8.8) porteront la puissance du moteur de 160 à 170 ch. Sur ce modèle, la direction assistée et les freins à disque sur les quatre roues font partie de l’équipement standard. L’innovation la plus remarquée est la suspension pneumatique intégrale à niveau constant complétée par un système anti-cabrage : par rapport aux 220, elle est nettement plus souple tout en étant moins sensible au roulis. En mars 1963, apparaît la version longue de la 300 SE à l’empattement augmenté de 10 centimètres au profit de l’habitabilité aux places arrière (4.98 m contre 4.88 m). La ‘300 SE’ peut être équipée d’une séparation du compartiment chauffeur. De 1961 à 1965, la production de la ‘300 SE’ se résume à 5 202 exemplaires et 1 546 pour la version longue.

 

1961 Mercedes-Benz 300 SEL (W112)
Mercedes-Benz 220 SE Coupé

 

A l’occasion de son 75ème anniversaire (celui des premières Benz et des premières Daimler produites), la firme inaugure en février 1961 son propre musée à Stuttgart et présente à cette occasion un coupé de grand luxe reprenant la désignation et la mécanique de la berline 220 SE. Le dessin de ce nouveau coupé a été confié au styliste français Paul Bracq. Sculpteur de formation et peintre de talent, celui-ci est entré chez Mercedes en 1957 avec pour mission de redessiner le hardtop de la 190 SL. Traité dans le style hardtop, le coupé 220 SE est doté de la direction assistée, freins avant à disque, sélecteur au plancher et sellerie cuir. En France, le coupé 220 SE est tarifé 47 000 F sans options alors que la berline vaut 29 100 F et la Citroën DS, 12 820 F. 

 

1961 Mercedes-Benz 220 SE Coupe (W111)

 

Quelques mois plus tard au Salon de Francfort, sort un cabriolet de semblable finition offrant quatre vraies places. Il est doté d’une capote matelassée en crin et doublée intérieurement en laine qui se déplie sous un tendelet en alpaga, puis en cuir sur les modèles suivants. Au Salon de Genève en mars 1962, coupés et cabriolets apparaissent en version 300 SE (affichés respectivement à 57 000 et 61 000 F). Ces modèles de prestige seront produits exclusivement jusqu’en décembre 1967. Parallèlement, les 220 SE coupé et cabriolet deviennent des 250 SE pour le millésime 1966 en recevant le moteur 2.5 l de 150 ch, des disques à l’arrière, de jantes de 14 pouces, d’un réservoir porté de 65 à 82 litres et d’un correcteur d’assiette hydropneumatique sur l’essieu arrière. Ils s’effacent à la fin de 1967 devant les 280 SE (2.8 l 160 ch). 

 

1961 Mercedes-Benz 220 SE Cabriolet (W111)

 

En 1969, les coupés et cabriolets W111 connaîtront leur ultime évolution, reconnaissable à leur calandre plus large de 10 cm et plus basse de 7 cm. Les aménagements intérieurs tiennent compte des normes de sécurité passive : sur le dessus de la planche de bord comme autour des instruments le bois cède la place à un garnissage souple. Ils seront disponibles jusqu’au printemps 1971 soit avec le 6-cylindres 2.8 l soit avec le nouveau V8 de 3.5 l et 200 ch DIN à injection électronique et non plus mécanique. La relève est prise à l’automne 1971 par le coupé 350 SLC, dérivé du cabriolet 350 SL qui a succédé aux célèbres Pagode.

 

1967 Mercedes-Benz 250SE Convertible - Photos : Bonhams
1969 Mercedes-Benz 280 SE 3.5 Coupe (W111)

 

Production des coupés et cabriolets : 220 SE Coupé (septembre 1960 - octobre 1965 : 14 173 exemplaires), 220 SE Cabriolet (septembre 1961 – octobre 1965 : 2 729 exemplaires), 250 SE Coupé (août 1965 - décembre 1967 : 5 259 exemplaires), 250 SE Cabriolet (août 1965 - décembre 1967 : 954 exemplaires), 280 SE Coupé (novembre 1967 - mai 1971 : 3 787 exemplaires), 280 SE Cabriolet (novembre 1967 - mai 1971 : 1 380 exemplaire, 280 SE 3.5 Coupé (août 1969 - juin 1971 : 3 270 exemplaires), 280 SE 3.5 Cabriolet (août 1969 - juin 1971 : 1 232 exemplaires) et 300 SE Coupé (février 1962 - décembre 1967 : 2 419 exemplaires), 300 SE Cabriolet (février 1962 - décembre 1967 : 708 exemplaires).

 

1970 Mercedes-Benz 280 SE 3.5 Cabriolet - Photo : Bonhams
1970 Mercedes-Benz 280 SE 3.5 Coupe (W111) - Photos : Auctions America
1971 Mercedes-Benz 280 SE 3.5 Convertible - Photo : Gooding & Company
1971 Mercedes-Benz 280 SE 3.5 - Photo : Gooding & Company
1971 Mercedes-Benz 280 SE 3.5 Coupe - Photos : Bonhams
1971 Mercedes-Benz 280SE 3.5 Cabriolet - Photos : RM Auctions
1971 Mercedes Benz 280 SE 3.5 Cabriolet - Photos : RM Auctions
1971 Mercedes-Benz 280 SE 3.5 Cabriolet - Photos : RM Auctions