Matra Murena (1980-1983)

1982 Matra Murena 1.6L - Photo : Quentin Boullier

 

Publié par Philippe Baron le 10 avril 2016.

 

Héritière de la Matra Bagheera, la Murena, dévoilée en 1980, en conserve ses trois places frontales dans un habitacle toutefois plus lumineux et d’une finition plus attentive. Elégante, racée, avec son profil très fluide, la Murena, qui sera la dernière des Matra, affiche un comportement routier sans faille en partie grâce à son moteur idéalement placé en position centrale pour l’équilibre de la voiture.

 

Photos : Quentin Boullier

 

La Matra Murena est la dernière collaboration entre Simca, devenu Talbot après son intégration au groupe PSA, et Matra Automobile, filiale automobile du groupe Matra. Coupé sportif à moteur central transversal, la Murena a été conçue par des ingénieurs passionnés. Son coffre à bagages (320 dm³), situé derrière le moteur, est accessible par un vaste hayon vitré. Les feux avant sont escamotables. Sa carrosserie est constituée de panneaux en matériaux composites à base de résine et de fibre de verre. Les casquettes de phares, les pare-chocs sont en SMC (sheet moulding compound) : les chutes de fibres de verre sont hachées et incorporées dans une pâte conditionnée en rouleaux. Ce matériau est déposé dans les moules où il est pressé à chaud. Le SMC sera de plus en plus utilisé par Matra dans ses voitures ultérieures comme les Renault Espace des trois premières générations.

 

Matra Murena 2.2 S - Photos : Laurens Driest

 

La Murena, dessinée par le styliste Antoine Volanis, offre une surface vitrée, avec un pare-brise extrêmement incliné, qui permet une visibilité globale satisfaisante pour un coupé à moteur central. Les phares sont escamotables pour garantir un capot très plongeant. Le Cx est de 0,328, valeur très bonne pour une voiture à moteur central. Les rares modèles 2.2 équipés de la « Préparation 142 » (74 exemplaires recensés), puis les 480 Murena S (1984) dont la puissance atteint 142 ch, sont équipées d'un aileron arrière en polyester noir qui alourdit quelque peu la ligne, ainsi que d'harmonieux bas de caisse couleur carrosserie.

 

 

La structure est un châssis cadre autoporteur en tôles embouties et soudées. Elle possède une caractéristique rare : sa protection anticorrosion réalisée par galvanisation à chaud. La caisse est plongée dans un bain de zinc en fusion, recouvrant intégralement les tôles telle une soudure continue. Vingt kilogrammes de zinc sont ainsi déposés sur une couche de 65 µm. En plus de la protection anticorrosion, cette technique ajoute un gain en rigidité du châssis de près de 45 %. La suspension avant est composée de doubles leviers triangulaires transversaux, barres de torsion longitudinales, barre antiroulis, amortisseurs télescopiques et pour l’arrière de triangles obliques, barre antiroulis, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques.

 

1983 Matra Murena 2.2 - Photos : br1anstorm

 

La Murena reprend le concept inauguré par la Matra-Simca Bagheera : trois places individuelles de front, face à la route. Le siège central a un dossier rabattable. Il devient ainsi un accoudoir géant entre les deux places restantes. L'appuie-tête central bascule également pour améliorer la visibilité arrière. Le tableau de bord reprend l'instrumentation très complète de sa devancière, la Bagheera, mais est réalisé cette fois en matériau plastique thermoformé. 

 

 

Deux moteurs sont installés à l'origine : un 1,6 L de 92 ch et un 2,2 L de 118 ch. Le "petit" « moteur Poissy » 1,6 litre est imposé par PSA pour assurer un certain volume de ventes. Au départ, le « moteur Douvrin » de 2 litres commun à Peugeot et Renault devait être utilisé mais la régie Nationale opposa son véto car elle projetait d'utiliser ce moteur sur son nouveau coupé Fuego. Matra fut donc obligé de se rabattre dans la banque d'organes Talbot et choisit le 2.2 de la Tagora. À l'origine, Matra avait envisagé une évolution plus puissante de la Murena 2.2, la 4S, dotée d'un moteur à multisoupapes de 175 ch et capable de 230 km/h mais le coût excessif et le refus de PSA obligeront Matra à concevoir la « Préparation 142 ch » proposée à partir du millésime 1982. En juillet 1983, la Murena disparaît après une production de 10 680 exemplaires : Murena 1,6 l : 5 640, Murena 2,2 l : 4 560 et Murena S : 480

 

Photos : Quentin Boullier