Maserati Mistral (1963-1970)

 

Publié par Philippe Baron le 28 janvier 2015.

 

Présentée lors du Salon International de l'automobile de Turin 1963, la Maserati Mistral emprunte un nom suggéré à la famille Orsi par l’importateur de la marque en France, John Simone. La Mistral, évoquant le vent qui souffle dans la vallée du Rhône mais aussi ce luxueux train rapide reliant à l'époque Paris à la Côte d'Azur, sera la première d'une longue série de modèles Maserati à porter des noms de vents. Suivront les Ghibli, Bora, Merak, Khamsin, Karif. 

 

1966 Maserati Mistral 4000 Spyder - Photos : Bonhams

 

Pour la survie de l’entreprise dans le début des années 60, Maserati recentre son activité, jusque-là orientée vers les voitures de sport et de course, sur la production de routières. La Mistral, qui porte le numéro de code interne « Tipo 109 », est baptisée, lors de sa présentation officielle, "3500 GT 2 places". Élégante biplace sur un châssis raccourci en tubes d'acier carrés, elle remplace la Maserati 3500 GT et, comme de coutume chez Maserati, elle est disponible en version coupé et spyder. Les deux carrosseries sont réalisées par Pietro Frua. Le coupé se démarque par sa vitre arrière galbée faisant office de hayon, formule originale et pratique pour l'époque.

 

1967 Maserati Mistral 4000 Coupé - Photos : Bonhams
Longueur : 4.50 m – Largeur : 1.68 m – Hauteur : 1.25 m – Poids : 1 300 kg -

 

La Mistral est la dernière Maserati à recevoir le célèbre moteur à 6 cylindres en ligne à deux arbres à cames avec double allumage dérivé de celui de la Maserati 250F, la Formule 1 championne du monde 1957 pilotée par Juan Manuel Fangio. Ce moteur, mis au point par l'ingénieur Giulio Alfieri, dispose de chambres de combustion hémisphériques et bénéfice d'une injection indirecte, une véritable première dans le monde des voitures sportives italiennes de l'époque. Mais bien que l'injection garantisse de meilleures prestations, certains propriétaires traditionalistes, notamment aux États-Unis, faisaient remplacer le système d'injection par des carburateurs Weber. La boîte de vitesses ZF à 5 rapports, les freins à disque et l'injection étaient standard ; la boîte automatique, l'air conditionné et le différentiel à glissement limité, des options.

 

 

La Mistral reçut, à son lancement, le moteur dans sa version 3,5 litres déjà utilisée sur la 3500 GT, qui développait 235 ch. La seconde série bénéficia du moteur porté à 3,7 litres développant 245 ch et également à partir de 1966 un 4 litres de 255 ch. La vitesse maximale passait de 225 à 233 km/h. La production de la Mistral est arrêtée en 1970 avec un total composé respectivement de 828 coupés et seulement 125 cabriolets.

 

Photos : Auto-Italia

 

John Horace Simone, qui suggéra le nom Mistral à la famille Orsi, propriétaire de la marque Maserati de 1937 à 1968, naquit à Paris en 1913 d'un père diplomate américain et d'une mère française. Quand les États Unis entrèrent en guerre fin 1941, John devint officier de renseignement dans l'US Air Force. Par la suite, sa mission fut de recueillir le plus d'information possible, notamment auprès de la Résistance, sur les pays occupés par l'armée allemande, en particulier la France, pour cibler précisément les objectifs des bombardements américains lors du débarquement en Normandie. Pour cela, en 1947, John Simone fut promu par le président Vincent Auriol au rang de Chevalier de la Légion d'Honneur.

 

1967 Maserati Mistral 4000 Spyder - Photo : Bonhams

 

Après la guerre, le Colonel John Horace Simone devient pilote automobile. Il rencontre à Paris l'actrice française Junie Astor célèbre dans les années 30, notamment pour son rôle dans "les bas-fonds" de Jean Renoir en 1936 avec Jean Gabin. Par amour pour sa compagne, John Simone renonce à la compétition. Il devient l'importateur officiel et exclusif (avec son associé Jean Thépenier) de Maserati pour la France puis n'a de cesse, de 1962 à 1965, de tenter d'imposer sa propre Maserati semi privée (la 151 et ses dérivées sur le même châssis) aux 24 heures du Mans. Il n’y parvint pas, faute de moyens.

 

 

Un jour de l’été 1967, John Simone quitte Paris à bord de sa Maserati Mistral personnelle, Junie Astor à ses côtés, à destination de leur appartement niçois. A cette époque, il y avait fort peu d'autoroutes en France et point de limitations de vitesse. Si votre auto le permettait, vous pouviez rouler à 240 km/h sur une route nationale entre des rangées de platane en toute légalité mais pas en toute sécurité. En Bourgogne près de Sainte-Magnance, la RN 6 présentait un tronçon à trois voies. Le colonel roulait à très vive allure sur la voie du milieu quand, au sommet d'une petite côte, une voiture devant lui déboîta pour doubler sans avoir vu arriver la Mistral qui, ne pouvant freiner à temps, braqua à gauche sur la 3ième voie juste au sommet de la pente. Un camion arrivait en sens inverse. Le choc fut effroyable, la Mistral broyée, John Simone et Junie Astor tués sur le coup. Seul le petit chien de Junie, un Yorkshire, survécut par miracle et sans blessure.

 

1964 Maserati Mistral
1968 Maserati Mistral 4,0 L Spyder - Photos : Artcurial