Manic GT (1971)

Photos : Alain Morin

 

Publié par Philippe Baron le 13 novembre 2013.

 

A la fin des années 60, Jacques About, un Montréalais d’origine française, travaillant aux relations publiques chez Renault Canada et passionné de mécaniques sportives, rêve d’importer l’icône française, l’Alpine Renault, au Québec. Frustré du non-engagement du constructeur français, Jacques About monte alors une petite équipe pour concevoir la première voiture de l’histoire automobile portant une signature canadienne.

 


 

Jacques About fonde en 1968 l’Écurie Manic Inc avec de jeunes mécaniciens mordus de compétition automobile, qui, grâce au sponsoring des cigarettes Gitane et au constructeur français GRAC, réalisent une monoplace de Formule B avant de se lancer dans l’étude d’une voiture sportive de route. Un prototype, dessiné par Serge Soumille, est réalisé et exposé en avril 1969 au salon de l’auto-sport de Montréal. En donnant au véhicule le nom de Manic, Jacques About rend hommage à son pays d’adoption, Manic étant l’abréviation du mot indien Manicouagan, nom donné à un des barrages hydrauliques les plus imposants au monde, construit sur la rivière du même nom, au nord de la province du Québec. 

 


 

Jacques About, en homme d’affaires avisé, réussit à trouver des fonds d’investissement auprès de grandes entreprises canadiennes comme Bombardier et Steinberg. Les gouvernements du Québec et du Canada contribuent également au financement. Au final, About réunit 1,5 million $ et installe une usine pour fabriquer la Manic à Granby, au Québec. Elle est inaugurée le 1er janvier 1971. Quarante emplois sont créés et il sera possible de produire trois Manic GT par jour. On prévoit déjà une production de plus de 2 000 voitures par année.

 


 

La Manic GT est étroitement dérivée de la Renault 8 dont elle reprend le châssis et la mécanique. La carrosserie est inédite même si le pare-brise et la vitre arrière proviennent encore de Renault. Son moteur arrière est un quatre cylindres d’ 1,3 litre et est proposé en trois versions 65, 80 et 105 chevaux. La transmission de base possède quatre rapports et une boîte optionnelle en propose cinq. Chose rare pour l’époque, les quatre freins sont à disque et les suspensions avant et arrière sont indépendantes. Selon le moteur choisi, la vitesse de pointe peut atteindre 169, 193 ou 217 km/h. Puisqu’il s’agit d’une Renault carrossée différemment, l’entretien est assuré par les concessionnaires québécois de la marque française. Neuve, une Manic GT coûtait entre 2 200 et 3 400 $, une valeur assez élevée pour l’époque.

 


 

Malheureusement, malgré un carnet de commande bien garni, la dépendance exclusive vis-à-vis des pièces de Renault, le retard dans leur approvisionnement et le prix élevé des véhicules seront fatales à l’entreprise. Cinq mois et demi après l’ouverture de leur usine flambant neuve, le 20 mai 1971, les gestionnaires se résignent à mettre la clé sous la porte, après que seulement 160 carrosseries et à peine 100 voitures aient été assemblées. En tout, près de 170 Manic GT ont été produites. Jacques About avait tout perdu dans l'aventure, maison, voiture... et a mis plus de dix ans à rembourser les dettes personnelles contractées pour pouvoir concrétiser son rêve.