Kaiser Henry J (1950-1954)

1951 Kaiser Henry J Deluxe

 

Publié par Philippe Baron le 9 août 2013.

 

Inventeur des célèbres « Liberty Ships », Henry J. Kaiser qui révolutionna la construction navale et qui joua un rôle majeur dans la victoire finale des Alliés contre l'Allemagne, s’attaque après-guerre à la conception d’automobiles bon marché pouvant être achetées par l’américain moyen dans la même veine que le Model T d’Henry Ford. L’idée est de séduire des clients, alors limités à l'achat de véhicules d'occasion, avec une auto toute neuve et économique.

 

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Henry J. Kaiser figure parmi ces grands hommes qui ont entretenu le mythe du « self made man », parti de rien pour se construire méthodiquement un empire. Fils d’immigrants allemands arrivés aux Etats-Unis sans le sou, Henry John Kaiser entre très jeune dans la vie active avec une furieuse envie de réussir. Ses armes sont audace et assurance. Inébranlable, il ne se laisse jamais démonter. Toujours prêt à relever un défi, il est aussi d'une courtoisie extrême, ce qui lui vaudra un gentil surnom donné par la presse : « l'homme au sourire ».

 

1953 Henry J Corsair

 

Né en 1882 dans l'Etat de New York, Henry Kaiser est le fils d’un petit fermier immigré de fraîche date, sans grandes ambitions et un sérieux penchant pour l’alcool. Henry passe une enfance pauvre mais heureuse aux côtés d’une mère tendrement aimée. Mais alors qu’il n’a que 13 ans, sa mère décède prématurément d’une maladie mal soignée. Cet évènement tragique marquera durablement l’existence du futur homme d’affaires. Bien des années plus tard, il créera une fondation médicale qui, à sa mort en 1967, gérera 18 hôpitaux et soignera près de deux millions de personnes. Ainsi, Henry se retrouve vendeur de rue à New York à treize ans, puis successivement, il sera employé d'épicerie à seize, représentant de commerce à dix-sept, puis employé dans un magasin d'articles de photographie à dix-neuf ans. C’est là, en 1906, que le jeune homme rencontre Bess Fosburgh, vingt ans et fille d'un important homme d'affaires local, venue déposer des pellicules photos au magasin.

 

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C’est le coup de foudre entre Henry et Bess. Le jeune amoureux n'attend pas un mois pour demander à Edgar Fosburgh la main de sa fille. L'homme d'affaires y consent à trois conditions : qu'il trouve une situation stable, qu'il gagne au moins 125 dollars par mois et qu'il se fasse construire une maison. Le tout dans un délai maximum d'un an ! Ce défi, Kaiser va le relever et très rapidement. Il se fait embaucher chez un quincailler de Spokane, dans l’Etat de Washington, et devient rapidement son homme de confiance. Il gagnera suffisamment pour acquérir une maison et dix mois plus tard, avec son salaire de 250 dollars par mois, il peut épouser Bess en avril 1907. Le couple aura deux fils et restera très uni jusqu'à la disparition de Bess, en 1951.

 

 

Les mois passés à Spokane vont être riches d’enseignements et formateur pour ce qui allait bientôt faire sa fortune : la construction. En effet, située au cœur d'une région minière très active, Spokane connaît, en ce début de XXe siècle, un développement très rapide. A la quincaillerie, Kaiser est en charge de l'achat et de la revente en gros de matériaux de construction, travaillant et sympathisant avec tous les artisans du bâtiment. Les prix du béton et du bois, les contraintes des chantiers et la gestion de la main-d’œuvre n'ont bientôt plus de secrets pour lui. En 1914, s'estimant suffisamment compétent pour prendre son indépendance et se lancer dans les affaires, il répond à son premier appel d'offres : des travaux de rue à réaliser pour la ville de Vancouver, au Canada. A la mort du tycoon, survenue en 1967, la presse ne se privera pas de rappeler au public cette fameuse « scène du banquier ». Pour obtenir le prêt qui lui permettrait d’acheter du matériel, d’embaucher des ouvriers et de payer la caution que réclamait la ville de Vancouver, le jeune Kaiser n’avait pas hésité à forcer littéralement la porte du directeur d'une banque locale. « Alors comme ça, vous voulez 25.000 dollars alors que vous n'avez ni société, ni contrat, ni salarié », lui avait demandé ce dernier. « Oui, et tout de suite », avait répondu Kaiser sans sourciller. Impressionné par tant d'audace, le banquier avait aussitôt signé le chèque, et à la surprise générale, Kaiser avait remporté le marché.

 

Brochure 1951

 

La Compagnie Henry J. Kaiser est constituée en décembre 1914, et dès cette date, participe à tous les grands programmes routiers et autoroutiers des Etats-Unis répondant à l’essor très rapide de l'automobile et au développement de gigantesques banlieues à la périphérie des grandes villes. Sur ce marché, Henry Kaiser s’impose rapidement grâce à son sens aigu de l'innovation qui le pousse à adopter les techniques les plus modernes. De ce fait, les délais de construction sont réduits de moitié et les devis de construction proposés sont beaucoup plus compétitifs. La montée en puissance de l’entreprise continue avec la diversification : la pose de pipelines, les cimenteries, les aciéries et surtout la construction de grands barrages. La consécration, il la connaît en 1929 lorsque sa compagnie est choisie par les autorités fédérales pour construire un gigantesque barrage sur le fleuve Colorado, à la frontière entre l'Arizona et le Nevada: le Hoover Dam. Pour l'occasion, Henry Kaiser a monté un consortium de six entreprises et participe à la construction de tous les grands barrages lancés par le président Roosevelt dans le cadre de sa politique de grands travaux. Pour la réalisation de ces chantiers, Henry Kaiser multiplie les innovations et pousse très loin la spécialisation de ses ouvriers.

 

Henry Kaiser (au fond sur le siège arrière) avec le gouverneur Charles Sprague et le président Roosevelt (sur le siège avant passager) lors d’une visite du chantier naval de Portland en 1942 (Photo : Ray Atkeson)

 

Suite à la déclaration du président Franklin Delano Roosevelt au cours de l'été 1940, affirmant la volonté des États-Unis d'être l'arsenal du monde libre, Henry Kaiser propose aux autorités fédérales de construire pour le compte des Anglais, en guerre contre l'Allemagne, les bateaux de transport qu’ils réclament pour remplacer ceux torpillés par les U-Boote allemands. Malgré le manque total d'expérience de Kaiser dans le domaine de la construction navale, Roosevelt accepte. Rapides à construire avec un faible coût de production, 2.751 fameux « Liberty Ships » seront construits entre 1941 et 1945, à raison d'un tous les quatre jours. Le premier chantier naval ouvert était à Richmond dans la baie de San Francisco, puis à Vancouver (État de Washington) et Vancouver (Colombie Britannique) et ensuite partout, du golfe du Mexique (tel le chantier naval ADDSCO de Mobile en Alabama) jusqu'aux provinces maritimes canadiennes du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse. Pour tenir ce pari, Kaiser a totalement révolutionné l'industrie de la construction navale. Les différents éléments entrant dans la composition d'un navire - 30.000 environ – ont été produits dans plus de 2.000 usines et ateliers répartis dans une trentaine d'Etats et acheminés jusqu'aux chantiers pour y être assemblés. Henry Kaiser venait d’inventer un principe promis à un bel avenir : la construction modulaire.

 

Le Liberty « S.S. Benjamin Warner » (nom du père des célèbres Warner brothers d’Hollywood) dans la baie de San Francisco en 1944 quitte le chantier naval de Richmond. Il était le 1 147ème navire à s’élancer de la côte ouest - et le dernier.

 

Dans les années 1950, devenu immensément riche, Henry Kaiser se tourne vers d'autres horizons, se lançant notamment dans l'acier et l'aluminium - Kaiser Aluminium restera longtemps le numéro deux du secteur derrière Alcoa. A la mort de sa femme, Bess, en 1951, il se remarie et s'installe à Honolulu, dont il développe l'infrastructure hôtelière, transformant l'île d'Hawaï en paradis pour touristes fortunés. C'est là qu'il meurt, le 24 août 1967, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.

Brochure 1951

 

En 1945, Henry Kaiser et Washington Frazer, le président de Willys-Overland, s’associent pour former la société Kaiser-Frazer. Deux marques sont alors créées, la marque Kaiser pour les modèles courant et la marque Frazer pour les modèles de luxe. Malgré des débuts prometteurs, les ventes s’effondrent rapidement et la marque Frazer est abandonnée. Henry Kaiser change alors de stratégie et crée la marque Henry J dont l’objectif est de fabriquer des voitures compactes économiques à petits moteurs. La Henry J 1951, introduite le 28 septembre 1950, n’existe qu’en deux portes avec une présentation très dépouillée et l’absence d’ouverture pour le coffre, l’accès se faisant de l’habitacle. La porte de malle est toutefois disponible en option. La première version appelée tout simplement « Standard Four » reçoit un 4-cylindres de 2.2 litres et la « Deluxe Six » un 6-cylindres de 2.6 litres. Le millésime 1951 reçoit un succès correct avec 82 000 voitures vendues. Après un modèle de transition nommé « Vagabond », la gamme est rebaptisée « Corsair » en février 1952 mais les ventes totales baissent avec 13 500 voitures vendues pour 1952 et 17 500 pour 1953. 1 100 voiture millésimées 1954 signeront la fin de la production et la disparition de la marque.

 

Brocjhure 1953
1953 Henry J Corsair - Photo : .hollywoodbobsmoviecars.com