Fiat 500 Gamine Vignale (1967-1971)

1969 Fiat 500 Gamine Vignale - Photos : Roy Zukerman

 

Publié par Philippe Baron le 9 juin 2014.

 

Auto rarissime, la Fiat 500 Gamine Vignale est tellement ressemblante à la voiture de Oui-Oui que la société de la défunte romancière Enid Blyton s’en procura un exemplaire en 1969 pour la promotion des produits du petit chauffeur de taxi, ami des plus petits. Conçu sur la plate-forme d’une Fiat 500 F, le roadster Gamine au look rétro est l’œuvre du carrossier Alfredo Vignale qui s’était inspiré de la Fiat Balilla Sport de 1934.

 

 

Alfredo Vignale, ancien salarié de la carrosserie Stabilimenti Farina, devenue ensuite Pininfarina, débuta son activité professionnelle indépendante en 1948 à Turin, en réalisant des carrosseries « fuoriserie », comme c'était la grande mode, surtout en Italie, pour des gens fortunés, sur des châssis Ferrari, Maserati, Fiat ou Lancia. Ses plus belles réalisations sont les versions particulières des Lancia Flavia et Lancia Aprilia. Après s'être construit une solide réputation, la « Carrozzeria Vignale » se lança dans le design de voitures de série, comme la Cisitalia 202, les Maserati 3500 GT Spyder et Maserati Mexico, sans jamais renoncer à la création de magnifiques variantes de carrosseries « fuoriserie » de tous les modèles, même ceux les plus largement diffusés comme ce fut le cas avec les Fiat 500 et 600. En 1961, Vignale commença à fabriquer ses propres voitures à partir de bases mécaniques Fiat Auto. C'est dans ce but qu'il fit construire une nouvelle usine à Grugliasco, très près du site Fiat de Mirafiori.

 

 

En 1967, Alfredo Vignale ressort de ses cartons le croquis d’un petit roadster au style rétro, remarquable par sa calandre style années 1930, et décide de le recycler sur la Fiat 500. Il en produit quelques exemplaires dont un qui se retrouve un jour garé sur le parking de l’aéroport de Milan. Il est tout de suite repéré par Frixos Demetriou, riche propriétaire d’un casino dans son pays natal, la Chypre, mais aussi de l’Olympic Gaming Club de Londres. Il est émerveillé par cette petite voiture semblant sortir tout droit d’un magasin de jouets.

 

 

Ce roadster aux proportions très réduites (183 cm) reprenait le style de la Fiat Barilla Spyder d’avant-guerre, tout en étant conçu sur la plate-forme de la nouvelle Fiat 500 Sport. Le moteur placé à l’arrière était le même que celui de la Fiat, un deux-cylindres en ligne disposé longitudinalement et refroidi par air, d’une capacité de 499,5 cm3 et 18 ch DIN. Vignale avait aussi conservé le châssis tubulaire en acier de la 500, auquel avait été soudée une carrosserie décapotable. Derrière les deux uniques sièges se trouvait un cadre métallique qui soutenait le toit en toile et servait d’arceau de sécurité. Le réservoir à essence et la roue de secours avaient été glissés derrière la calandre.

 

 

Flairant le bon coup et saisissant l’opportunité de diversifier ses affaires, Frixos Demetriou passa un accord avec Alfredo Vignale pour la production de 200 véhicules en conduite à droite pour le Royaume-Uni à livrer dans les six mois. Le Chypriote paya cash et d’avance. La Gamine reçut un accueil très chaleureux à Londres, surtout dans le milieu branché de Chelsea. Elle fut même adoptée par l’intrépide Peter Stringfellow dont la vie et la fortune changèrent le 2 avril 1963 lorsqu’il invita dans son club un jeune groupe débutant répondant au nom the Beatles.

 

 

La ressemblance troublante avec la voiture du célèbre Oui-Oui des livres pour les plus petits d’Enid Blyton incita la société de la romancière anglaise décédée un an plus tôt d’acquérir une Gamine pour servir à la promotion des livres et dérivés du petit chauffeur de taxi hochant la tête. La voiture, équipée d’un moteur 4-cylindres de 595 cm3, fut vendue aux enchères de Silverstone en juillet 2013 à 28 750 livres sterling.

 

Photo : Silverstone Auctions

 

Malheureusement, l’engouement pour la Gamine sera de courte durée. Fabriquée avec de l’acier de deuxième main provenant du recyclage des navires grecs désarmés, la Gamine se présentait en Angleterre dès son arrivée avec des signes de corrosion, de plus mal assemblée, avec un hard-top non étanche, un détail non négligeable quand on réside de ce côté de la Manche. La voiture est un flop commercial et Demetriou perdra environ 350 000 livres sterling. Mais il est encore un homme riche. En 1970, sa licence de jeux en Angleterre est renouvelée et une nouvelle licence lui est accordée en Grèce. C’est dans ce pays que, peu de temps après, Demetriou trouvera la mort, écrasé par un char incontrôlable alors qu’il montait à bord d’une de ses Gamine Vignale rapatriées d'Angleterre.

 

 

En décembre 1969, Alfredo Vignale qui n'avait pas d'héritiers, cède ses bureaux de design et son usine de fabrication à Alejandro de Tomaso qui incorpore Vignale dans Ghia qu'il détenait déjà. Alfredo Vignale ne profitera pas longtemps de sa retraite. Il meurt trois jours plus tard dans un accident de la circulation au volant de sa Maserati. La Gamine Vignale aurait été produite, selon les sources, entre 300 et 400 exemplaires. En 2014, le Fiat Gamine Register n’en recense que 35 à travers le monde.

 

Photo : DWAC Dwergautoclub Nederland