Cottin-Desgouttes (1906-1932)

1924 Cottin-Desgouttes 12hp Type M Torpedo - Photos : Bonhams

 

Publié par Philippe Baron le 16 octobre 2013.

 

Face au succès de sa fabrique automobile créée deux ans plus tôt, l'ingénieur lyonnais Pierre Desgouttes fait appel en 1906 à Cyrille Cottin un riche industriel de la région, pour réaliser un programme de production plus vaste. Ainsi nait la marque Cottin & Desgouttes. Le premier catalogue de la marque comprenait quatre voitures de puissance variable. Cependant, la firme s'orienta progressivement vers des modèles rapides, coûteux et de finition exemplaire.

 

Remerciements : http://cottindesgouttes.free.fr/

 

En 1904, Pierre Desgouttes, ancien ingénieur de chez Berliet, construit sa première voiture, dotée d’un moteur six cylindres 9,5 litres développant 45 ch. C’est le modèle suivant, le 24/40 ch, qui lui amène le succès. Lancée au Salon de Paris en décembre 1905, la nouvelle voiture, construite en s’inspirant des lignes Mercedes et selon des caractéristiques avancées, est si bien accueillie, qu’au début de 1906, Desgouttes se lance dans un partenariat avec le riche industriel Cyrille Cottin, fondant la société Automobiles Cottin et Desgouttes, avec Pierre Desgouttes comme directeur technique et Cyrille Cottin en charge des ventes.

 

 

Le modèle de 1905 présentait de nombreuses innovations : une commande unique pour la pompe et la magnéto, un ingénieux dispositif d'avance à l'allumage, un embrayage métallique à commande centrale, une boîte de vitesse à quatre rapports (les troisième et quatrième vitesses se faisant par prise directe), quatre freins (deux sur le différentiel et deux sur les roues) et un carburateur à réglage automatique.

 

 

De 1906 à 1914, une grande partie de la production est consacrée aux quatre-cylindres, mais également, dès 1907, à une 30 CV de 9,5 l à six cylindres ainsi qu'une 12 CV de 2,5 l qui sera produite pendant plus de quatre ans. La société Cottin-Desgouttes obtient de la reconnaissance grâce à la qualité irréprochable de sa production et à son innovation technique, comptant parmi les premiers constructeurs à adopter le moteur monobloc, la boîte de vitesses à prise directe ou encore la transmission par arbre à cardans. En 1913, Cottin & Desgouttes pouvait se targuer d'avoir sorti avec un personnel au complet de 300 personnes près de 450 voitures, ce qui était à l'époque un record, puisqu'on comptait, normalement, une voiture sortie dans l'année par personne employée.

 

1911 Cottin-Des Gouttes Grand Prix Racer - Photos : Concept Carz

 

Une participation active aux compétitions et un nombre notable de succès aidèrent la firme à accroître davantage sa réputation. Dès le mois de mai 1906, une voiture Cottin & Desgouttes, pilotée par Fraignac, prit la première place de sa catégorie à la course de côte de Limonest. Encouragée par les bons résultats, la marque décida de participer à des épreuves de plus en plus importantes, depuis la Coupe de la presse en 1907 (au cours de laquelle la voiture réalisa la plus basse consommation de carburant) jusqu'au Grand Prix de France en 1911, sur le circuit du Mans (où le modèle, construit pour la circonstance, dut abandonner à la suite d'une rupture de direction après avoir réalisé le record du tour). Cyrille Cottin, grand sportif, s'attacha d'ailleurs lui-même à imposer la marque et paya de sa personne dans maintes courses de côte, maints rallyes et autres manifestations sportives.

 

 

Au début de la Première Guerre mondiale, la marque produisit une série de véhicules utilitaires rapides et livra aux services de l'état-major plusieurs grosses torpédos de 36 CV. La résistance des camionnettes en service aux Armées était proverbiale. Cottin & Desgouttes fit encore pendant la guerre des moteurs spéciaux pour locotracteurs. En 1915 l'usine Cottin-Desgouttes de Lyon produisit des moteurs d'aviation Gnome et Rhône.

 

Photo : Michel Valéro

 

À la fin de la Grande Guerre, la société Cottin-Desgouttes reprend sa production principalement avec de grosses voitures de luxe et en 1922, ajoute à son catalogue un tout nouveau modèle de 12 ch baptisé Type M. Tour de force technologique, la Type M est équipée d’un moteur quatre cylindres arbre à came en tête avec vilebrequin à contrepoids à cinq paliers, trois soupapes par cylindre, allumage mixte bobine/magnéto et freins sur les quatre roues, une particularité qui la plaçait très en avance sur ses concurrents. Pierre Desgouttes quitte la société peu de temps après et, en 1924, un dérivé 3 litres de la Type M développé par son remplaçant, Paul Joseph, gagne le Grand Prix du Tourisme de l’Automobile Club de France dans sa catégorie. D'une structure pratiquement identique, ce modèle de 3 l était doté d'une nouvelle culasse avec deux bougies par cylindre disposées horizontalement, ainsi que d'un système de distribution également redessiné, qui comprenait désormais trois soupapes par cylindres (deux pour l'admission et une pour l'échappement, conformément au schéma classique).

 

 

En 1925, la société lance le modèle pour lequel elle est la plus renommée – la « Sans-Secousse » - un concept d’avant-garde qui incluait une suspension indépendante sur chaque roue. Gaston Doumergue, président de la République Française, félicita le constructeur lyonnais pour le prestige que sa découverte technologique conférait à l’industrie automobile française, bien qu’on rapporte que Cottin souligna qu’il avait été inspiré par la piètre qualité des routes de France. Le modèle démontra de façon incontestable ses capacités lorsqu’une « Sans-Secousse », parmi une équipe de quatre, gagna le rallye Trans-Sahara de 1930, battant des adversaires tels que Bugatti, Citroën, Delage, Hotchkiss et Renault. Cependant, la « Sans-Secousse » était chère à produire, coûtant le double du prix d’une Citroën équivalente. Ne possédant pas de gamme de véhicules abordables à l’approche des années de Dépression du début 1930, la société Cottin-Desgouttes disparut en 1932.

 

1930 Cottin-Desgouttes Rallye Sahara