Citroën Visa (1978-1988)

1980 Citroën Visa Club - Photos : Deudeuche86

 

Publié par Philippe Baron le 18 février 2014.

 

Réalisée par Citroën autour de la structure de la Peugeot 104, la Visa souffrira à ses débuts de son esthétique peu réussie qui éclipsait ses indéniables qualités de confort et de conduite. Et puis, grâce à quelques retouches plastiques et surtout à une promotion publicitaire percutante et revigorante, la Visa deviendra la voiture jeune qui décoiffe et qui rassure même les pingres car le peigne est compris dans le prix !


 

Remplaçante de l’Ami 8, la Citroën Visa est conçue pendant une période singulière de l’histoire de Citroën, celle du rapprochement avec Peugeot. Aussi, elle ne sera pas un produit 100 % Citroën en reprenant la plate-forme de la Peugeot 104 et en se dotant d’une motorisation partagée, un bicylindre Citroën et un 4-cylindres Peugeot.


 

La Visa présente des caractéristiques étonnantes pour un véhicule de ce segment, essuie-glace monobalai, portes avant ouvrant très largement, « satellite » de commandes au tableau de bord, et AEI (allumage électronique intégral) développé par Thomson, première qu'elle partage avec la LN devenue LNA. Cette innovation fait de la LNA et de la Visa les premières voitures de série dotées d'un allumage électronique. Le concept de satellite, baptisé PRN pour Pluie-Route-Nuit permet de regrouper l'ensemble des commandes dans un seul module. Ce principe se retrouve également sur les GSA, CX et BX. En 1985, Citroën restylera cependant le tableau de bord de la Visa et reviendra à des commandes plus conventionnelles par commodos comme on trouve dans la plupart des véhicules.


 

La Visa est lancée en septembre 1978 avec un bicylindre de 652 cm3 dérivé de celui de la 2 CV sur les versions Spécial et Club : d'abord en 4 CV puis en 3 CV lorsque la puissance passe de 35 à 34 ch sur la Visa II. Le moteur bicylindre 652 cm³, accouplé à une boîte de vitesses à 4 rapports extrapolée de celle des GS, est le seul moteur d'origine Citroën qui ait été monté dans la Visa. Les autres moteurs seront tous d'origine Peugeot. Ce moteur Citroën a bénéficié (sur la LNA, quelques mois avant la Visa) d'un allumage électronique intégral et de cylindres en aluminium revêtus de Nicasil, une première en automobile (cette technique a été mise au point par la Comotor au cours des recherches sur le moteur Wankel, elle fut tout d'abord utilisée sur les motos et a été adoptée plus tard par BMW sur son 12 cylindres ainsi que par Porsche sur son 6 cylindres boxer). Elle est aussi dès sa sortie disponible avec le "moteur X" de 4 cylindres 1 124 cm3 57 ch (5 CV) de la Peugeot 104 sur la version Super.


 

Pour le millésime 1981, c'est-à-dire en juillet 1980, la Visa Super est remplacée par deux versions : la Super E (pour Économie) dont le moteur est accouplé à une boîte longue (5,5 litres/100) , et la Super X équipée d'un 1 219 cm3 de 64 ch (155 km/h) reconnaissable à un généreux bouclier avant peint de la couleur de la carrosserie et en particulier avec deux teintes assez spectaculaires : un bronze et un vert. En mars 1981, soit seulement deux ans et demi après son lancement, la Visa devient la Visa II que des changements cosmétiques importants rendent plus acceptable au regard pour le grand public : la calandre si contestée avec son bouclier qui englobe la grille est remplacée par une large grille plus classique. Les boucliers sont également redessinés dans un style plus sobre et les motifs des roues sont aussi nouveaux. Côté mécanique, la Super E joue plus que jamais la carte de l'économie, avec une puissance ramenée à 50 ch DIN, des consommations en baisse (5,1 litres/100), mais des performances à peu près identiques. Pour d'ailleurs compenser totalement cette légère perte de puissance, une boîte 5 "courte" sera proposée en option à partir du millésime 83.


 

Ce restylage, réalisé avec la collaboration d'Heuliez et qui peut sembler prématuré, était en réalité essentiel car la Visa avait fort mal débuté sa carrière. En France en 1979, elle trouvait un peu plus de 90 000 clients, contre 212 900 pour la Renault 5. Score honorable sans plus, mais dès 1980, alors que la Renault 5, boostée par ses versions 5 portes lancées en juillet 1979, allait s'envoler au-dessus des 300 000 ventes, la Visa retombait déjà sous les 65 000, ne parvenant même pas à inquiéter la Peugeot 104 pourtant vieillissante. Le restylage de 1981 lui permet de faire grimper ses ventes à 82 707 dès cette année-là. Elle remonte alors de la neuvième à la cinquième place du marché et devient, devant la GSA, la Citroën la plus vendue de l'année. Puis en 1982 les ventes dépassent les 95 000 exemplaires, lui permettant de conserver sa cinquième place. 


 

Le démarrage tardif de la Visa est aussi dû à des campagnes publicitaires très réussies orchestrées par l’agence RSCG qui ont redonné à la marque une image forte. Dès 1978, l’un des fondateurs de l’agence, Jacques Séguéla, s’inscrivait même dans la provocation avec le slogan «  l’anti-tape cul » pour la GS. La Visa maintenant relookée sera assortie d’un humoristique et revigorant « ça décoiffe » accompagné sur une affiche d’un « le peigne est compris dans le prix » ! La « Pub-Spectacle » pour la Visa est à son apogée avec un film génial réalisé sur le porte-avion Clémenceau, d’où une Visa GTI est catapultée pour refaire surface sur un sous-marin atomique.


 

Progressivement, des versions plus vitaminées apparaissent, la Chrono (93 ch   pour 1 360 cm3 avec 2 carburateurs double corps – 5 vitesses - 173 km/h) au printemps 82 sous forme de série limitée. La GT (été 82 - millésime 83) propulsée par le 1 360 cm3 en version 80 ch (5 vitesses - 168 km/h) en remplacement de la Super X, la GT Tonic, (été 83 - millésime 84), une Chrono débarrassée de ses bandes décoratives bleues et rouges et de ses sièges AV baquets, avec un moteur de GT. La GTI (105 ch puis 115 ch) à l'automne 84(millésime 85); cette dernière partageant ses moteurs avec la Peugeot 205 GTI.


Citroën Visa II Chrono - Photos : André2CV87

 

A l'automne 1981 (millésime 82) était apparue la Visa L, modèle 4 cylindres de base, qui reprenait une présentation proche de la « bicylindre » "Spécial" avec le moteur de la Super E. Elle ne connaitra pas un grand succès. Pour le millésime 84, pour s'aligner sur la nouvelle nomenclature Citroën, elle sera rebaptisée Visa 11 E, tout comme la Super E > Visa 11 RE.


 

Toujours pour tenter d'améliorer son image, Citroën lance en 1983 la Visa découvrable, une originale carrosserie à quatre portes avec encadrement mais au toit décapotable. Si l'allure "toit fermé" est relativement inchangée, celle "toit ouvert" n'est pas des plus élégantes. Fabriquée chez Heuliez et commercialisée l'espace de trois millésimes, elle se vendra à 2633 exemplaires. Cette version a peu de succès et est arrêtée en 1985. Plusieurs séries spéciales ont été aussi commercialisées comme les Visa Carte Noire (Mars 1979) et Sextant (Mars 1980), sur la base de la Super. La WestEnd (Avril 1982) sur base Super E, la Platine (Septembre 1983) sur base 11 RE, l'Olympique (Mars 1984) sur base 11 E, la Challenger (Mars 1985) sur base GT, et la Leader (Mars 1986) sur base 11 RE et 17 RD. 


 

En mars 1984, apparaît la Visa Diesel (17 D et 17 RD), destinée à élargir la diffusion du modèle auprès des acheteurs séduits par ce type de mécanique. Le moteur diesel 1,7 litre, plus encombrant, rend nécessaire l'adoption d'un essieu avant élargi provenant de la Peugeot 205 qui impliquera des petits élargisseurs de passages de roues avant en plastique gris. La roue de secours reste sous le capot, comme sur toutes les Visa, mais elle est remplacée par une roue galette. Deux types de boîtes 4 et 5 vitesses sont disponibles. Le tableau de bord sera, renouvelé dans un style plus sobre à l'été 1984, pour le millésime1985. À cette occasion, une Visa 14 TRS équipée du 1360 cm3 - 60 ch DIN avec boîte 4 ou 5 vitesses, sera présentée. Elle vient s'intercaler entre la Visa 11 RE (nouvelle appellation de la Super E depuis l'été 83) et la GT. Notons également qu'avec ce nouveau tableau de bord, on peut enfin avoir en option les vitres AV électriques et le verrouillage central à partir des modèles 11 RE/17 RD. En 1984, apparaît également une fourgonnette Visa sous l'appellation C15. La production du C15, dernier survivant de la gamme Visa, s'est achevée fin 2006.


Citroën Visa GTI - Photo : Franklin Rugg

 

Dès 1981 Citroën lança la Visa en compétition, en préparant une version Groupe 5 (Prototypes) de la Super X. Moteur préparé (1284 cm3 - 115ch DIN), caisse renforcée et allégée (plusieurs éléments comme le capot, les ailes et les portes sont en résine), suspensions spécifiques. Ce sont ces Visa Super X Groupe 5 qui serviront de support au Trophée Total Citroën Visa en 1981, remporté par Christian Rio. Fin 81, une production de 200 Visa Trophée (1219 cm3 - 100ch DIN – 5 vitesses), dérivées de la Groupe 5, sera lancée, à des fins d'homologation de la voiture en Groupe B (Nouvelle catégorie FIA). Ce sont ces voitures qui deux saisons durant (1982 - 1983) représenteront brillamment Citroën en compétition, avec de nombreuses victoires de classes et même dans des Rallyes nationaux et internationaux. Notons la 8è place de l'une d'entre elles au Paris-Dakar 84, alors qu'il ne s'agit que d'une 2 roues motrices, ainsi que plusieurs "top 10" dans des épreuves de championnat du monde des Rallyes.


Citroën Visa 1000 Pistes

 

La Visa évoluera début 1984 avec une version à quatre roues motrices, la "1000 pistes", (en raison d’une première victoire obtenue par un proto au Rallye des 1000 Pistes) dont 200 exemplaires verront le jour, toujours pour raison d'homologation en Groupe B. Parmi ces 200 voitures (1360 cm3 - 112ch DIN - 5vitesses), 20 d'entre elles, baptisées "1000 pistes Evolution" recevront une mécanique affûtée d'une cylindrée de 1 434 cm3 développant 145 ch.


Citroën Visa 1000 Pistes - Photo : Citroënracing

 

Suite au lancement de la Citroën AX à cinq portes, la Visa est supprimée du catalogue en 1988. Pendant la dernière année, la Visa à moteur bicylindre n'était plus disponible qu'avec la finition de base. Au total, 1 254 390 exemplaires ont été produits.


Citroën Axel

 

A noter que les premières études de la Visa, stoppées par Peugeot, ont donné parallèlement naissance en 1981 à l'Oltcit fabriquée en Roumanie. Son nom Oltcit est la contraction d’Oltcit (région du sud-ouest de la Roumanie) et Citroën. Elle sera importée en France sous le nom de Citroën Axel de 1984 à 1990 et connaîtra une carrière discrète (60 184 exemplaires) bien que bénéficiant d'un prix de vente très intéressant (la version de base étant moins chère que la 2 CV). Proportionnellement, ce sont les versions «Entreprise» (deux places avec TVA à 18,6 % récupérable au lieu de 33 %) qui auront le plus de succès.