Chrysler Turbine (1963-1964)

1964 Chrysler Turbine Car — NY World's Fair - Affiche : ElectroSpark

 

Publié par Philippe Baron le 25 octobre 2013.

 

Unique dans l’histoire de l’automobile en étant produite à plusieurs exemplaires dès 1963, la Chrysler Turbine est comme son nom l’indique propulsée par une turbine en lieu et place des moteurs classiques. Elle était l’aboutissement d’une dizaine d’années de développement pendant lesquelles plusieurs prototypes ont servi de cobayes, car pas de doute pour Chrysler, la turbine était l’avenir de l’automobile.

 


 

La voiture à turbine reste inextricablement liée au groupe Chrysler car dès 1954, Chrysler dévoile son premier prototype roulant, sous la marque Plymouth. De conception simple, elle compte cinq fois moins de pièces qu’un moteur à piston, nécessite peu de maintenance, ne vibre pas et fonctionne sur n’importe quel type de carburant, que ce soit de l’essence, du gazole, du kérosène, de l’huile végétale, voire encore de la Tequila ou du parfum français.

 


 

Après de nombreux concepts développés dans les années cinquante, Chrysler débute les années soixante avec un modèle plus abouti, une Dodge Turbo Dart à turbine, qui traversa les USA de New-York à Los Angeles - 5 000 kilomètres en moins de trois jours - en plein décembre 1962 dans des conditions climatiques épouvantables, mais avec un succès total et un fonctionnement parfait d'un bout à l'autre. Dans un communique, Chrysler déclara que la turbine fonctionnait à l'essence, au gazole et au JP-4, un carburant militaire pour avion. Tous ces carburants donnèrent les mêmes satisfactions et performances. La voiture rencontra des conditions givrantes, des tempêtes de neige. Elle roula à des vitesses allant du trafic urbain jusqu'à 130 km/h environ. La consommation fut dans tous les cas meilleure que celle d'un moteur à pistons dans les mêmes conditions. Les différents carburants étaient introduits dans le réservoir successivement sans précaution particulière : lorsque le premier plein était presque épuisé, le réservoir était rempli avec un autre carburant et ainsi de suite.

 


 

Avec cinq fois moins de pièces mobiles, tournant sans vibration sur elles-mêmes, la turbine est structurellement plus fiable et souple à l'usage qu'un moteur à explosion. L'absence de mouvements déformants subis par les pièces des moteurs à pistons signifie moins d'usure et de pannes, et moins de maintenance. La turbine est aussi auto-refroidie et démarre immédiatement et fonctionne sans problème par des températures de +50 degrés à l'ombre ou de - 50°C. Les gaz d'échappement sont tièdes, sans monoxyde de carbone, ni hydrocarbones non-brûlés, et ne contribuent pas ainsi à la pollution. 

 


 

A la suite de cette expérience convaincante, Chrysler décide en 1963 de confier une série de 55 voitures à turbine pendant deux ans à des familles choisies au hasard pour une période de trois mois chacune à des fins de test grandeur nature. Au total 200 familles l’ont utilisée sans restriction au quotidien pour leur usage personnel, réalisant ainsi 3 millions de kilomètres quasiment sans pépin.

 


 

Produite en Italie chez Ghia, la ligne de cette Chrysler est signée Charles Mashigan sous la direction d’Elwood P. Engel, auteur de la Ford Galaxia de 1956. La turbine, très compacte, développe 130 ch et 575 Nm à 45 700 tr/min, et émet une sonorité très particulière comme celle des hélicoptères. Le moteur a l'avantage de vibrer moins qu'un moteur classique et consomme du kérosène, moins cher que l'essence. Au niveau des inconvénients, la voiture consomme beaucoup : 40 litres aux 100 km, et le coût d'entretien est élevé.

 


 

Chrysler renonça finalement à produire la Turbine Car notamment pour des raisons de rentabilité ; en effet la technique industrielle disponible à l'époque ne permettait pas la production de masse. Des conducteurs demandèrent à acheter le véhicule pour le conserver et l'utiliser. Malheureusement, un problème de taxes douanières (la carrosserie étant fabriquée en Italie par Ghia, la voiture était considérée comme un produit importé) obligea Chrysler à détruire la plupart des voitures et de donner les survivantes à des musées. Il reste à ce jour encore 9 exemplaires du véhicule, dont 3 en état de marche, appartenant à des collectionneurs ou à des musées. Dans les années suivantes, les nouvelles normes antipollution et deux chocs pétroliers donneront un coup de frein au projet. En proie à de grosses difficultés financières, Chrysler se verra contraint d’abandonner définitivement la turbine à la fin des années 70. 

 


En hommage à la Turbine, qui a clairement marqué son époque, Chrysler présenta au Salon de Detroit en 2013 une 300 S, qui, à défaut d'être propulsée par un véritable moteur à turbine, reprenait la robe très singulière de la Turbine.