Chrysler Imperial C 23 Roadster Marcel Pourtout (1939)

Photos : Artcurial

 

Publié par Philippe Baron le 5 février 2015.

 

Pendant les années 1930, le carrossier français Marcel Pourtout réalise de somptueux cabriolets et des coupés sportifs aux lignes aérodynamiques pour des marques aussi prestigieuses que Delage, Delahaye ou Bentley. Sa notoriété, il l’a doit en grande partie à son designer de génie, Georges Paulin, créateur du fameux mécanisme « Eclipse » qui transforme en un clin d’œil un coupé en cabriolet et vice-versa. En 1939, la Carrosserie Pourtout réalise un roadster sportif exclusif sur un châssis de Chrysler Imperial.

 

 

En 1925, après quelques années d'apprentissage comme bourrelier chez différents carrossiers, Marcel Pourtout se met à son compte en ouvrant un petit atelier à Bougival dans les Yvelines. En 1927, sa rencontre avec le concessionnaire Darl'mat lui donne l’opportunité de réaliser des carrosseries spéciales pour Peugeot et Panhard. En 1930, Marcel Pourtout carrosse sa première Chrysler, un faux cabriolet pour la famille de Georges Clémenceau récemment décédé. Pourtout est devenu un carrossier très apprécié et très demandé. Pour une clientèle huppée, il habille de nombreux châssis de Delage, Hotchkiss ou Lorraine. À la fin de l'année 1933, le concessionnaire Peugeot Emile Darl’mat lui présente Georges Paulin. Ce dessinateur de génie, dentiste de formation, va devenir à partir de ce moment le styliste attitré de la Carrosserie Pourtout. Leur collaboration permettra la mise en application du révolutionnaire toit Eclipse, un système de toit escamotable dans le coffre, sur les Peugeot 301, 401, 402, 601, les Lancia Belna ou encore sur des modèles Hotchkiss et Panhard.

 

 

La Carrosserie Pourtout quitte Bougival pour Rueil-Malmaison en 1936 et s’établit dans les anciens ateliers de l’usine Hurtu. Ce vaste espace permet la production de petites séries de véhicules, en parallèle avec la réalisation de modèles à l‘unité. La société compte alors une cinquantaine d’ouvriers. En 1937, à la demande de Darl'mat, Paulin dessine et Pourtout réalise la fameuse 302/402 Darl'mat, voiture de sport aérodynamique, dont 115 exemplaires, cabriolets, coupés, roadsters, seront produits. 1938 et 1939 seront les années fastes de Pourtout, grâce à de magnifiques voitures aux lignes aérodynamiques et épurées dessinées par Georges Paulin, avec notamment de nombreuses Delahaye cabriolet ou roadster, la Delage D8-120S Aero de M. Delage et la Bentley " Embiricos ".

 

1937 Bentley Embiricos - André Embiricos était un riche pilote de course grec vivant à Paris.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les activités ralentissent. Marcel Pourtout est nommé maire de Rueil-Malmaison en 1941, en raison de sa fonction de chef d’entreprise - conséquente pour l’époque. La Carrosserie produit des ambulances sur des châssis Chevrolet. Les ateliers sont réquisitionnés par les Allemands, qui les feront sauter en partie avant de les quitter. De 1947 à 1952, la Carrosserie Pourtout est encore présente au Salon de l’Automobile, mais ce sera la fin des « Belles d’avant-guerre », notamment à cause de la mort du dessinateur automobile et résistant Georges Paulin. Après avoir réalisé encore un certain nombre de carrosseries prestigieuses, Marcel Pourtout finit par s’orienter, avec son fils Claude, vers les véhicules industriels et publicitaires, dont certains pour le Tour de France. Il assumera sa fonction de maire jusqu’en 1971. Marcel Pourtout reçut la distinction honorifique d’Officier de l'Ordre National de la Légion d'Honneur et fut Médaillé Militaire, décoré de la croix de guerre 1939-1945, Officier des Palmes Académiques. Il décède le 29 août 1979 à Rueil-Malmaison à l’âge de 85 ans. La Carrosserie Pourtout existe toujours en 2015 mais s’est reconvertie dans la réparation automobile, après avoir cessé ses activités en 1994. Elle est dirigée par Olivier Pourtout, fils de Claude Pourtout.

 

 

En 1939, L’Imperial représentait la série haut de gamme de Chrysler, en équipements et finitions, comparables aux Cadillac, Packard et autres Lincoln. Au mois de mai 1936, un accord douanier entra en vigueur pour favoriser l'entrée sur le territoire français de châssis nus de marques américaines et en contrepartie, l'importation de produits de luxe outre-Atlantique était facilitée. Ainsi, Pourtout réalisa quelques cabriolets de la marque Graham dont celui qui servit au général De Lattre de Tassigny pour le défilé de la libération de Marseille. En 1939, Pourtout avait reçu à Bougival treize châssis nus de Chrysler Imperial. Il eut le temps d’en revêtir dix avant que les trois derniers ne soient réquisitionnés par les nazis. 

 

 

L’Imperial de la Série C 23  de 1939 était divisée en trois sous-séries avec l’Imperial, la plus luxueuse New-Yorker et la plus sportive Saratoga. Contrairement à la Série C 24, qui disposait d’un empattement de 3.65 m contre 3.17 m pour l’Imperial, la version convertible n’était pas proposée au catalogue pour l’Imperial. Sur les 12 001 Imperial produites cette année-là, 10 536 étaient des berlines et 1 465 des coupés. Dans l’équipement standard de la Série C 23, les voitures disposaient de l’allumage « Solar Spark », des freins hydrauliques, d’une boîte de vitesses à 3 rapports et double surmultiplication " Dual power, d’un nouveau moteur 8-cylindres en ligne de 5.29 litres de130 ch, mais aussi en option d’un 8-cylindres 4.9 litres à haute compression de 138 ch.