Chrysler Imperial (1981-1983)

Photos : Rob Hartog

 

Publié par Philippe Baron le 4 mai 2014.

 

En 1981, Chrysler réintroduit le nom Imperial, désignant le modèle le plus luxueux de la gamme depuis 1926, sous l’impulsion du nouveau président Lee Iaccoca. Nommé à ce poste en 1978, le « père » de la Mustang sera l’homme providentiel qui rétablira l’équilibre des comptes d’un groupe au bord de la faillite. Le « miracle » ne viendra certes pas de l’Imperial mais ce coupé de luxe, ayant pour « parrain » Frank Sinatra, restera une audacieuse tentative pour rivaliser avec Cadillac et Lincoln.


 

Le nom Imperial apparaît pour la première fois dans le catalogue Chrysler en 1926. Cette finition accompagnera l’évolution des modèles jusqu’en 1955, date à laquelle Chrysler décide d’en faire une marque à part entière. La Chrysler Corporation est alors composée de Chrysler, DeSoto, Dodge, Plymouth et Imperial. Les premiers modèles, qui étaient des superbes créations de Virgil Exner, remportent un grand succès. Mais à la fin des années 60, l’Imperial marque le pas. La marque s’éteint le 12 juin 1975 avec la dernière Imperial LeBaron quittant l'usine de Jefferson Avenue.


 

Pour élaborer l’Imperial des années 80, Chrysler avait mis en place une stratégie lui  garantissant une qualité d’assemblage optimale. Ainsi, seuls les employés, dont l’expérience excédait 25 ans au sein des usines Chrysler, travaillèrent sur la ligne de montage de Windsor en Ontario. Chaque Imperial produite passait un test d’essai sur circuit et sur route par un pilote professionnel. Les véhicules, qui n’étaient pas acheminés par camion mais par voie ferroviaire, étaient stockés au deuxième niveau où les risques d’être endommagés étaient moindres. La distribution n’était assurée que par 250 concessionnaires autorisés et qualifiés pour vendre l’Imperial.


 

Bien dans l’air du temps, l’Imperial présentait une calandre verticale, des phares cachés et un arrière tronqué avec malle apparente. Son châssis monocoque était cependant emprunté aux modestes Chrysler Cordoba et Dodge Mirada. Pour son vaisseau amiral, Chrysler avait pris soin de la doter d’une irréprochable isolation acoustique, de suspensions souples et de pneus Michelin X ou Goodyear Arriva pour un confort de roulement. Dans la tradition des prestigieux coupés de luxe, l’intérieur était à la hauteur des attentes avec, selon le désir des clients, les sièges en cuir Mark Cross ou en tissu Yorkshire, volant gainé de cuir, etc. L’habitacle regorgeait de gadgets et d’équipements rares et novateurs comme le panneau d’instrumentation digital, le régulateur de vitesse ou le système de climatisation automatique. La seule option était le toit ouvrant à commande électrique.


Photo : That Hartford Guy

 

L’unique motorisation proposée était le solide V8 318 pouces cubes pour lequel Chrysler, au lieu du traditionnel carburateur, avait étudié un système d’injection de carburant dont les travaux de développement avaient abouti à l’obtention de 24 brevets. Néanmoins, ce système sera d’une fiabilité douteuse, au point que Chrysler proposera un "kit" carburateur pour tout de même $3.000 ! La consommation se montrait raisonnable pour une voiture aussi lourde avec 10.2 litres aux 100 km. Selon le constructeur, l’Imperial était la voiture la plus silencieuse de l’histoire de Chrysler.


Photo : rajahdajah

Frank Sinatra, bon copain de Lee Iaccoca, participa activement à la promotion de l’Imperial. Il était au volant de la première voiture sortie des chaînes d’assemblage et vantait les mérites du coupé dans des spots publicitaires. De ce fait,  Chrysler lui dédia une édition spéciale. La voiture, qui ne se distinguait extérieurement qu’avec les insignes «FS», proposait une console contenant un enregistrement des meilleurs succès du chanteur, en cartouche 8 pistes ou cassette. Cette version au prix de 1 078 dollars réussira à séduire quand même 148 clients.


Photos : That Hartford Guy

 

Chrysler qui, très optimiste, avait annoncé une production maximale de 25 000 unités par an, ne vendra la première année que 7 225 Imperial dont le prix était affiché à 18 311 dollars. A titre de comparaison, Lincoln avait écoulé sa Mark VI à 18 740 exemplaires et Cadillac son Eldorado à 60 643 exemplaires. Ces deux marques bénéficiaient d’une image de prestige inébranlable qui justifiait leur acquisition, et qui faisait défaut à Chrysler. En 1982, les ventes baissaient à 2 329  unités, puis s’effondraient l’année suivante avec 1 427 exemplaires. Fin de l'épisode, car le nom Imperial revenait au début des années 90. Cette fois, il s’agissait de la version luxueuse de la Chrysler New Yorker qui était elle-même la version luxueuse de la Fifth Avenue.