Chaparral (1961-1982)

1961 Chaparral 1 - Photos : RM Auctions

 

Publié par Philippe Baron le 4 janvier 2013.

 

Pendant les années 1960, l’écurie Chaparral, fondée au Texas par Jim Hall et Hap Sharp, s'est rendue célèbre pour ses innovations techniques principalement dans le domaine de l'aérodynamisme en utilisant le plus efficacement les prises d'air et les spoilers. Le coup de maître de l’aileron mobile sera suivi par la 2J, la première voiture à "effet de sol", qui, littéralement, utilisait un ventilateur pour aspirer l'air se trouvant sous la voiture. L'utilisation d'une transmission semi-automatique était également une des principales raisons du succès des Chaperral en course. 



 

Jeune et excellent pilote en Formule Junior, James Ellis Hall (dit Jim Hall) réalise que pour passer à un niveau supérieur de la compétition, il doit disposer d’une machine compétitive. Etant également un technicien hors pair, il décide de la concevoir lui-même et dans ce but, il s’associe à un autre pilote amateur de talent, James ‘Harp’ Sharp. Ainsi, naît en 1961 la marque Chaparral (nom issu d'un oiseau du Texas, le célèbre Beep-Beep des dessins animés). Tous deux avec une fortune personnelle, ils s’installent à Midland au Texas et participent au financement du circuit de vitesse de Rattlesnake où leur atelier est construit au bord de la piste. Ce ruban d'asphalte privé de 3 km de long, perdu au milieu du désert et infesté de serpents à sonnette, reproduit la plupart des difficultés des circuits continentaux.


 

La Chaparral 1 est la première voiture à porter le nom de l'entreprise et marque la transition de Jim Hall en tant que constructeur. Fabriquée par Troutman et Barnes, la Chaparral 1 est derivée de la Scarab-Reventlow Automobiles Inc. initialement construite pour Lance Reventlow en 1957. C'est une voiture conventionnelle à moteur V8 Chevrolet avant mais très reculé, dans l'esprit d’un moteur central. Initialement la voiture devait être produite comme voiture de course, mais seuls cinq sont construites: deux pour l'équipe de Jim Hall trois autres pour la vente. Jim Hall la fait courir en 1961 et durant l'hiver il repense les voitures pour les faire gagner en 1962 et 1963. Il s'occupe pendant ces années du design de la Chaparral 2.


La Chaparral A de Sebring - Photos courtesy of BARC Boys.

 

La Chaparral 2A construite pendant 1963 est bourrée d'innovations. Son originalité réside dans sa structure monocoque en matériaux composites (fibre de verre et résine époxy). Une technique offrant un grand nombre d'avantages malgré un poids élevé, dont les principaux sont la tenue dans le temps et plus de rigidité qu'une monocoque en tôle d'alu. Les coques de la 2A serviront d'ailleurs de base à d'autres productions de la marque. Le V8 Chevrolet qui l'équipe (Jim est expert auprès de la GM et est payé en tant que consultant, la firme américaine lui fournissant au passage moteurs et transmissions...) passe en position centrale arrière. Les Chaparral font aussi parler d'elles pour une raison technique. À la mi-saison, Jim concrétisant une idée de Hap décide d'installer une transmission automatique (une boîte munie d'un convertisseur de couple d'origine GM) sur la 2A. Le secret est si bien gardé que les adversaires ne s'aperçoivent du changement qu'au bout de trois courses ! Très performante, la barquette réalisera d'excellentes performances en 1964 et remportera une retentissante victoire en 1965 dans des conditions dantesques sous une pluie torrentielle sur un des circuits les plus difficiles d'Amérique du Nord, les 12 heures de Sebring. En outre, sur les vingt et une courses auxquelles elle participa, elle en gagna seize !


Chaparral 2D - Photo : Ultimate Carpage

 

Pour 1966, Jim Hall innove encore avec la Chaparral 2D. Cette berlinette à portes papillons et avec un poste de pilotage fermé dispose d'un aileron mobile situé entre les dérives d'ailes (déjà testé sur la 2C) permettant d'asseoir l'arrière de la voiture dans les courbes. Ce volet est commandé par le pilote grâce à une pédale. Il appuie dessus en ligne droite pour mettre l'aileron à plat et la lâche dans les virages pour l'incliner. Au passage, la boîte auto est passée de un (sur la 2A) à deux rapports. Cette auto débute aux 24 heures de Daytona, puis se voit transformée pour les épreuves européennes (suppression de l'aileron mobile, pose d'un becquet...) pour respecter à la lettre le règlement du Championnat du monde des marques (une version 2E avec aileron mobile surdimensionné et châssis allégé de 2C est construite pour la Can Am). Equipée d'un moteur Chevrolet de 5,3 litres développant 450 chevaux avec culasses en aluminium, elle remporte avec Phil Hill et Jo Bonnier, les 1000 km du Nürburgring devant les Ford et les Ferrari. Elle participe également la même année aux 24 Heures du Mans, mais abandonne après 111 tours pour une stupide panne de batterie.


Chaparral 2 E - Photo : Car-and-Driver

 

Pour le Championnat du Monde 1967 est construite la spectaculaire Chaparral 2F avec son immense aileron mobile couplé à un ingénieux volet bien caché dans le capot avant qui équilibre aérodynamiquement la voiture. Cependant la fragilité de la transmission cause problème (7 abandons en 8 courses !). La seule fois où la transmission tient, grâce à l'emploi de nouveaux roulements, Phil Hill et Mike Spence gagnent les 1000 km de Brands Hatch. La 2F à moteur Chevrolet de 7 litres sera condamnée lorsque la FIA décidera de limiter la cylindrée des prototypes à 3 litres.


1967 Chaparral 2 F Photo : Ultimate Carpage

 

1968 est une année noire. En fin de saison, Jim Hill est victime d'un grave accident à Las Vegas. Il sort de sa voiture détruite avec de multiples fractures aux jambes. Il en gardera des séquelles toute sa vie et cela mettra un terme à sa carrière de pilote. Perturbé dans la préparation de la saison 1969, Jim Hall ne présentera sa nouvelle Chaparral 2H qu'en cours de saison. Pour la saison 1970 de la série CanAm du SCCA, championnat nord-américain, Chaparral tira les leçons des erreurs de la 2H, qui défiait les lois de l'aérodynamique, et créa la 2J, sous certains angles, encore plus excentrique que la 2 H. Son architecture en faisait la première voiture à effet de sol actif au monde. L'air qui s'écoulait sous la voiture en mouvement était aspiré par des ventilateurs situés à l'arrière de la carrosserie, ce qui, grâce à l'ajout de jupes latérales, générait un appui considérable. Ces deux ventilateurs étaient animés par deux moteurs 2-temps de motoneige refroidis par air, indépendamment du moteur normal.


Chaparral 2J - Photos : Ultimate Carpage

 

Profitant des failles du règlement, la Chaparral 2J fut surnommée « l'aspirateur » et ne laissa personne de marbre. Outre son apparence radicale, elle offrait des performances dynamiques de premier ordre mais rencontrait de nombreux problèmes mécaniques. Elle surclassa la McLaren M8D d'usine jouissant pourtant d'une réputation d'invincibilité cette année-là en s'emparant de la pole position lors des septième et dixième épreuves du championnat. Cependant, la SCCA donna raison aux réclamations des concurrents qui craignaient une avancée aussi radicale et bannit l'emploi de moteurs auxiliaires pour la saison 1971, ce qui condamna la Chaparral 2J à demeurer à jamais au garage. Ce fût également la dernière voiture construite par Jim Hall.


Chaparral 2J

 

En 1979, Chaparral fit une réapparition très remarquée en engageant la première Formule Indy à effet de sol dessinée par John Barnard. L'année suivante, Johnny Rutherford, un texan lui aussi, remporta au volant de cette Chaparral 2K les 500 miles d'Indianapolis. C’est sur ce succès que Chaparral quitta définitivement la course automobile en 1982.



Chaparral 2K Cosworth - Photo : Ultimate Carpage