Bristol 403 (1953-1955)

1953 Bristol 403 - Photo : DriverSource

 

Publié par Philippe Baron le 1 août 2013.

 

A l’instar de Saab ou BMW, à l’origine spécialisée dans l’aviation, la firme britannique Bristol s’est attaquée à la construction automobile à la fin des années 40, mais discrètement à petite échelle, pour produire des voitures de prestige, exclusivement réservées à des clients exigeants, raffinés et fortunés. Bristol propose une certaine philosophie de l’automobile avec des modèles construits à la main sans lésiner sur les moyens, le temps et l’argent.

 

1947 Bristol 400

 

Bristol propose luxe et qualité de fabrication mais pour une clientèle ciblée, plus discrète que la référence Rolls-Royce. Si ce n'est quelques coups d'éclat (Bristol 404 et 405 d'usine, 406 Zagato), la marque s'est cantonnée à une sobriété de style, conjuguée à un niveau de prix élevé avec des volumes de production peu importants. Cela n'a jamais été la préoccupation majeure de la marque, peu au faîte des contraintes modernes du marché.

 

1950 Bristol 401

 

La " Bristol and Colonial Aeroplane Company " fut créée en 1910, aux premières heures de l'aviation. Son fondateur, Sir George White, implanta une usine d'aéroplane à Filton, dans la banlieue de Bristol. La firme sera rebaptisée Bristol Aeroplane Company en 1920 et deviendra célèbre par ses bombardiers durant la seconde guerre mondiale. Pour faire face à l'afflux des commandes militaires, l'usine de Filton dut s'agrandir pour produire les fameux avions de combat Blenheim, Beaufighter et Beaufort. Environ 14 000 avions furent fabriqués entre 1939 et 1945.

 

1949 Bristol 402

 

La Bristol Car Division vit le jour en 1945 et la première Bristol, la 400, fut conçue avec les mêmes exigences que s'il s'agissait d'un avion. Elle est présentée au salon de Genève 1947. La voiture est directement dérivée des BMW d'avant-guerre. Elle utilise un châssis similaire à celui de la 326, et une carrosserie s'inspirant de la 327. Le moteur est une évolution du deux litres six cylindres de la 328 Sport, la BMW qui remporta en 1940 la célèbre course des Mille Miles (avec une carrosserie Touring). Les techniciens Bristol ont réduit la cylindrée de ce 6-cylindres à 1 971 cm3 pour en tirer 85 ch dans sa version la plus puissante. Cette première voiture fut fabriquée à 700 exemplaires entre mars 1947 et fin 1949, toutes en coach deux portes, à l'exception d'un unique cabriolet.

 

1953 Bristol 403 - Photos : DriverSource

 

Puis, à l'image d’un autre constructeur britannique, Armstrong Siddeley, Bristol se diversifie au lendemain de la seconde guerre mondiale pour contrer la chute des commandes militaires. La firme compte un nombre important d'ingénieurs et d'ouvriers (l'entreprise comptait 6 000 salariés en 1939, et jusqu'à 32 000 en 1945), qu'elle s’entend à affecter partiellement dans sa nouvelle division automobile. L’homme de la situation est le Colonel HJ Aldington, qui commandait l’entreprise AFN Ltd fabricant des voitures Frazer Nash avant-guerre. Les Frazer Nash étaient fabriquées sous licence BMW. Le Colonel Aldington était aussi membre du directoire de la Bristol Aeroplane Company depuis 1940. C'est donc naturellement vers la firme bavaroise que se dirigèrent les techniciens de Bristol, qui purent acquérir les plans des dernières BMW d'avant-guerre au titre des dommages de guerre.

 

 

A partir du modèle 401 de 1949, la carrosserie était construite selon le procédé Superleggera déposé par l’italien Touring en 1937. La méthode de construction consistait à mettre en forme la tôle d'aluminium sur un modèle en menuiserie, et à adapter les panneaux ainsi formés sur un treillis tubulaire. Ce procédé apportait à l'époque un gain de poids non négligeable, tout en permettant de conserver une très bonne rigidité. Il fut repris par de nombreuses autres marques de prestige : Alfa Romeo, Maserati, Pegaso, Aston Martin ... Cette acquisition du savoir-faire de Touring était le fruit d'une importance collaboration entre la famille Bianchi Anderloni, propriétaire de Touring, et les dirigeants de Bristol.

 

 

En 1949, le cabriolet 402, " Drophead Coupe " dans la terminologie britannique, est commercialisé en parallèle au coach 401. Pinin Farina se chargea de concevoir la transformation, mais c'est Bristol qui en assurait la production dans ses usines. La capote en toile était totalement cachée en version ouverte, ce qui pour l'époque constituait un exploit technique. Très exclusive, faute de commande, elle disparaitra du catalogue après avoir été produite qu’à 24 exemplaires en douze mois.

 

 

En juin 1953, la Bristol 403 succède à la 401. En apparence, la voiture est la même mais des progrès réalisés dans la motorisation, la transmission, le freinage, les suspensions, justifient cette nouvelle appellation. La puissance du moteur atteint désormais 100 ch contre 85 sur la 401. 300 acheteurs passeront commande d'une Bristol 403 entre 1953 et 1955. André Costa écrivait dans l'Auto Journal du 1er octobre 1953 en conclusion d'un banc d'essai routier : " Le plus gros reproche que l'on puisse faire à la Bristol 403 est sans doute son prix extrêmement élevé qui la met absolument hors de portée de l'automobiliste moyen. Il faut néanmoins reconnaître que cette marque anglaise livre une voiture exécutée avec un soin qui laisse rêveur ... On retrouve en fait dans le moindre détail la technique aviation qui ne laisse rien au hasard ".