Allard J2X (1952-1954)

1953 Allard J2X Vintage Racing Car - Photos : RM Auctions

 

Publié par Philippe Baron le 7 août 2013.

 

Peu après la Seconde Guerre mondiale, un mordu de compétition, le britannique Sydney Allard, lance sur le marché d’étonnantes mais confidentielles voitures de sport à mécanique le plus souvent américaine. En 1952, il remporte en personne le Rallye de Monte-Carlo sur l’une d’elles, une P1 4.4 litres Mercury. La même année sort la J2X, une auto réalisée par un passionné pour les passionnés.

 

 

Depuis 1930, Sydney Herbert Allard dirige le garage Ford à Putney près de Londres. En 1937, il réalise un engin de trial et d’endurance cachant sous une carrosserie de Bugatti Grand Prix un moteur Ford V8. Cependant, l’Allard Motor Co. Ltd ne sera fondée qu’après-guerre en 1945 à Clapham et les premiers modèles de tourisme sortiront l’année d’après. La J1 de compétition est lancée en 1947 avec un moteur Ford V8 mais en quête de puissance, Sydney Allard déniche en 1949 un vieux stock de moteurs autrichiens Steyr V8 refroidis par air et naguère destinés aux tracteurs chenillés RSO de la Wehrmacht. Avec le Steyr V8 modifié et gonflé, il remporte au volant de sa nouvelle voiture de course monoplace le championnat 1949 de ‘Hill climb’ du Royal Automobile Club. Au Mans 1950, Sydney Allard et Tom Cole placent la J2, avec cette fois un moteur Cadillac 5.4 litres, à la troisième place.

 

 

C’est au Tourist Trophy 1951 qu’est introduite la version améliorée J2X avec un V8 Chrysler et toujours la boîte Ford 3 rapports. L’évolution est l'allongement du châssis d'où le X dans le nom qui signifie "extended" en anglais, soit agrandie. La J2X est également proposée en 1952 en version « Le Mans » avec une carrosserie aérodynamique spéciale. Réellement commercialisée seulement pendant l’année 1952, la J2X est produite au total à 83 exemplaires (contre 90 J2) avec des moteurs Chrysler ou Cadillac le plus souvent, mais aussi Ford et Mercury, son terrain de prédilection étant les épreuves nationales britanniques et américaines. Bon nombre de ces Allard furent exportées aux Etats-Unis, d’ailleurs à certains grands noms de l’automobile dont Zora-Arkus Duntov, le père de la Corvette, le pilote légendaire Carroll Shelby, John Fitch (1ière place GP Argentine) et l’acteur/pilote Steve McQueen.

 

Sur ces 83 voitures, 14 furent carrossées en type "Le Mans" avec le nom J2X Le Mans. Quatre furent produites en 1952, neuf en 1953 et une en 1954.

 

À cause de coûts de développement trop élevés, Allard Motor Company n’est pas en mesure de lutter  contre les « grands » et la production cesse en 1957, même si Sydney Allard demeure actif dans le domaine de la course automobile jusqu’à son décès en 1966.

 

2013 Allard J2X MK II

 

Dans les années 90, le Québécois Roger Allard, qui n’a aucun lien de parenté avec le britannique Sydney Allard, a découvert par pur hasard l’ancienne marque Allard lors d'un voyage en Angleterre. Le hasard du nom et sa fascination pour la J2X ont immédiatement convaincu cet ex-parachutiste professionnel de relancer l’ancienne marque et de fonder à Montréal la « Allard Motor Works ». Après avoir trouvé aux États-Unis la personne qui détenait les droits de la J2X et qui projetait d'en construire une réplique, Roger Allard se porte acquéreur des brevets et des moules et se lance dans la reconstruction de la J2X « version modernisée » mais néanmoins fidèle à l'esprit du roadster anglais original.

 

 

Finalement, après de nombreuses péripéties, le rêve de l'homme d'affaires se réalise en 2008 avec la sortie de la toute nouvelle Allard J2X MKII. Une réplique tellement sérieuse qu’elle est approuvée par le Répertoire Allard (Allard Register) comme étant une véritable J2X. Mais pour en arriver là, il a fallu créer une voiture moderne qui soit le plus près possible de l’originale. L’entrepreneur québécois devait, en plus, répondre aux normes actuelles, autant au chapitre de la mécanique, du confort que de la sécurité. Par exemple, le réservoir d’essence est en acier inoxydable avec parois intérieures, des barres d’impact figurent dans les portières, deux arceaux de sécurité bien visibles sont présents à l’avant et à l’arrière et les pare-chocs peuvent résister à un impact de 8 km/h. Côté mécanique, le modernisme prime et l’acheteur a le choix entre trois V8, deux Chrysler (5,7 et le 6.1 Hemi) ou un GM (350 Ramjet). Avec le V8 5.7 litres Chrysler sous le capot de ce véhicule de 1 250 kg, le 0 à 100 km/h est expédié en 4.5 s, une performance améliorée par rapport à la version d’origine qui était déjà de 6 secondes à son époque !

 

2012 Allard J2X Roadster